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    June 29

    Portrait 6 - un dîner seul

    Il y a ces soirs où l'on dîne seul dans un hôtel de province, attablé à côté de la fenêtre parce qu'on espère voir dehors un peu d'activité. La salle est déserte, à part un ou deux couples de retraités en visite. Pas de tablées d'Anglais bruyant, pas de Japonais vous demandant de les prendre en photo. Je suppose qu'on ne choisit pas toujours ses déplacements. Disons que mon agent m'a condamné à faire des dédicaces dans les librairies de petites villes, alors que je rêve d'international. Mais je suppose que c'est mieux que rien.

    Les yeux dans mon menu je ne la vois même pas arrivé. Ni elle, ni son sourire. Son badge me dit qu'elle s'appelle Cécile. Comme quoi l'impersonnalité des grandes chaînes d'hôtel n'a pas été poussé jusqu'à nous cacher le prénom de leur plus jolie serveuse. Tout dans ses gestes indique l'inexpérience, mais de toute façon, mes yeux n'ont pas lâché son sourire. J'observe ses allers et venues pendant mon repas. Finalement la distraction est dans la salle et pas dehors. Le temps est  à l'orage mais l'orage n'éclate pas, comme s'il attendait la fin du service de Cécile, pour ne pas tout gâcher, pour ne pas couvrir sa voix douce lorsqu'elle me demande si je veux un dessert.

    Malheureusement je refuse et demande juste un café. Je file en vitesse avant que l'orage ne me rattrape, avant que le sourire de Cécile ne me fasse regretter ce dessert que je n'ai pas pris. Je dédicacerai peut-être quelques livres ce soir à la fnac du coin, mais je ne suis pas sûr que ça vaille un sourire...

    March 07

    Portrait 5 / Anne

    Je n'avais pas cours ce jour-là, je ne me rappelle plus bien pourquoi. C'était il y a quelques années déjà. Il y a des choses que j'oublie. Pourtant je me rappelle très bien que le ciel étais gris ce jour-là. D'un gris uni, un gris sans espoir, celui qui renvoie la possibilité d'une éclaircie au lendemain. J'étais descendu en ville,  j'avais l'après-midi devant moi, j'avais mangé un croque-monsieur et jouer au billard avec un de mes potes, mais il avait du remonter au lycée; tout le monde n'a pas la chance d'avoir un prof absent. Près de la baie vitrée, il y avait Anne et une des ses copines. Je ne les avais pas aperçues à mon arrivée. Probablement parce que le café, qui n'était pourtant pas si grand, était coupé en deux par une cloison, de sorte que, d'où j'étais assis, je ne les voyais pas. Et puis je devais être trop occupé à jouer au billard comme si j'étais un grand professionnel. Je n'étais qu'un joueur moyen, mais l'important, c'est d'y croire. Accompagnant au bar mon pote qui réglait ses consos, je tombais sur les deux filles, sirotant leur thé en fumant. Elles m'invitaient à leur table, et je savais avec qui je passerais la fin de l'après-midi.

    Je connaissais Anne depuis longtemps. En fait je connaissais mieux sa sœur, qui avait été dans ma classe de nombreuses fois, qu'elle. Anne avait toujours été la plus glamour des deux, l'artiste décomplexée qui se foutait de tout, et qui croyait à fond à ce qu'elle faisait. Elle était en première année d'histoire de l'art à Amiens. Elle racontait sa vie comme on vit la lecture d'un roman, elle montrait des photos de son appartement, toutes prises en noir et blanc. Tellement plus artiste, tu vois. Si elle était devant moi aujourd'hui, je lui servirais probablement une dose de sarcasme glacé dont j'ai le secret, mais à cette époque, une étudiante, même en histoire de l'art, pour un lycéen, c'est déjà beaucoup.

    Alors je l'écoutais, en retenant parfois un ou deux sourire narquois (tu vois là en fait on a fait des trous dans un grand drap et on a mis des étudiants dedans et...). Je ne comprenais rien à l'art (je n'y comprends toujours rien), je préférais me taire, et la regarder, elle et sa cigarette. Oui c'est cette cigarette qui m'obsédait le plus. Anne fumait des Marlboro Light, et elle avait cette façon si particulière de faire tourner sa cigarette le long du cendrier pour en faire tomber la cendre. Elle le faisait sans s'en rendre compte, comme quelqu'un qui se ronge les ongles. Une fois le bout rougeoyant de la cigarette mis à nu, elle la portait à nouveau à sa bouche.

    Je ne me rappelle toujours pas pourquoi je n'avais pas cours ce jour-là. Pourtant je me rapelle ce qu'Anne portait. Je suppose que c'est ce que l'on appelle la mémoire sélective. Je me souviens du bandeau bleu pétrole qui lui retenait les cheveux, je me rapelle de son pull beige, un pull en grosse laine, avec un col roulé mais sans manche, que tout les filles semblaient porter cette année-là. Elle ne se dépareillait pas de son sourire, et je voyais une étincelle passer dans son regard lorsqu'elle commençait à parler de ses projets artistiques. Son amie nous avait quitté. Je ne sais plus bien quand; j'avais les yeux tantôt fixé sur le cendrier, tantôt sur les lèvres sublimes d'Anne.

    Nous nous sommes quitté après qu'elle ait écrasé une énième cigarette, cet après-midi là. C'est la dernière fois que j'ai vu Anne. Lui avais-je dis que j'écrivais de petit textes? Que j'écrivais une nouvelle? Je ne crois pas. J'avais fait passer à sa soeur un texte sur la fameuse cigarette qui roule sur le bord du cendrier. Mais je n'ai jamais eu d'écho de l'intéressée sur ce texte. J'ai toujours eu un faible pour les artistes. Mais soyons sérieux, une fille qui jetait les mecs comme des mouchoirs n'avait pas besoin d'un type comme moi.

    Anne est, aux dernières nouvelles, toujours étudiante aux Beaux Arts...


    November 22

    Portrait 4 / English Card Players

    Je trouve les gens dans le train tristes. Je ne sais pas où ils vont, ce qui les poussent à partir ou à rentrer chez eux, mais ça ne semble pas être de bonnes raisons. Je les vois écrasés de fatigue, dormir d’un sommeil agité. Je les vois aigris, soupirer comme si le destin leur imposait chaque jour une charge plus lourde encore que la veille.

     

    Et puis quatre anglais, la quarantaine, s’assoit de l’autre côté de l’allée. Ils discutent avec gaieté, les blagues fusent, et puis, ils se mettent à jouer aux cartes. Ils n’ont rien des anglais bruyants et avinés que j’ai croisés dans les petites rues de Cherbourg des années durant. Non ils ont une courtoisie toute britannique, et une joie de vivre, qui malgré leur enthousiasme, ne semble pas être communicative. La tristesse des autres passagers jure encore plus en contraste de la chaleur de ces quatre amis. Ils semblent pleinement profiter de leur voyage en France, de ce trajet en train aussi.

     

    Et puis ils jouent à un jeu que Seb m’a appris, et cela m’a rappelé nos parties de cartes, chez moi, chez Grass, à Munich, à Lyon, en France ou en Ardèche. Cela m’a rappelé ces bons souvenirs et j’espère, les moments, meilleurs encore, à venir.

     

    Cela me fait surtout remarqué une chose. Les joueurs de cartes sont souvent heureux.

    October 08

    Portrait 3

    Elle a le visage sage et une peau d’ébène, une peau sans la moindre imperfection. Elle est calme, et ne semble en rien souffrir de la chaleur qui règne entre les deux wagons, assise sur sa valise, feuilletant nonchalamment les pages de Closer ou d’un magazine du même acabit. Ses yeux noirs m’hypnotisent, bien que je ne sois pas en face d’elle. Ses cheveux d’une ombre profonde, sont parsemés de mèches aux reflets rougeoyant, et je pense, quel gâchis, de teindre des cheveux d’un noir si pur, d’un noir qui n’a besoin de rien pour exister, pour qui la couleur est presque une insulte. Ses cheveux, pas si long que ça, sont retenus par une multitude d’artifice, un serre-tête couleur métal, dont l’éclat froid fait écho à la noirceur de sa chevelure, une barète qui ne manque pas de rajeunir ce visage déjà bien immature –quel âge a-t-elle ? 18 ? 19 ans ? Guère plus. Finalement une pince fini de retenir la cascade de ses cheveux. Je ne m’attarde pourtant pas trop sur elle, et les détails, excepté sa montre « chipie » bien visible à son poignet, vont manquer à ma description, me dis-je. Le train s’arrête bientôt, je disparais sur le quai, rapidement, pour m’attarder dans la chaleur parisienne du dehors, cette chaleur lourde, lourde de souvenirs pour moi surtout. Puis je rentre dans le métro par la bulle de verre devant St Lazare, et quelques étages plus bas, je retrouve la douceur harmonieuse d’un visage qu’on n’oublie pas, dans ma rame de métro. Mes yeux récupère donc les derniers détails qui manquaient à ce portrait, sa démarche assurée et gracieuse, son regard fixé vers on ne sait quel objectif. Je bénie cette réapparition soudaine du modèle perdu.

     

    Et oui, parfois, Dieu est du côté de l’écrivain.

    May 30

    La fin du brelan

    Un peu de pub pour mes potes... enfin comme c'est moi qui écrit les textes, c'est aussi de l'auto promo. Allez donc voir!


    la fin du brelan

    May 04

    Portrait 3

    Elle a le visage sage et une peau d’ébène, une peau sans la moindre imperfection. Elle est calme, et ne semble en rien souffrir de la chaleur qui règne entre les deux wagons, assise sur sa valise, feuilletant nonchalamment les pages de Closer ou d’un magazine du même acabit. Ses yeux noirs m’hypnotisent, bien que je ne sois pas en face d’elle. Ses cheveux d’une ombre profonde, sont parsemés de mèches aux reflets rougeoyant, et je pense, quel gâchis, de teindre des cheveux d’un noir si pur, d’un noir qui n’a besoin de rien pour exister, pour qui la couleur est presque une insulte. Ses cheveux, pas si long que ça, sont retenus par une multitude d’artifice, un serre-tête couleur métal, dont l’éclat froid fait écho à la noirceur de sa chevelure, une barète qui ne manque pas de rajeunir ce visage déjà bien immature –quel âge a-t-elle ? 18 ? 19 ans ? Guère plus. Finalement une pince fini de retenir la cascade de ses cheveux. Je ne m’attarde pourtant pas trop sur elle, et les détails, excepté sa montre « chipie » bien visible à son poignet, vont manquer à ma description, me dis-je. Le train s’arrête bientôt, je disparais sur le quai, rapidement, pour m’attarder dans la chaleur parisienne du dehors, cette chaleur lourde, lourde de souvenirs pour moi surtout. Puis je rentre dans le métro par la bulle de verre devant St Lazare, et quelques étages plus bas, je retrouve la douceur harmonieuse d’un visage qu’on n’oublie pas, dans ma rame de métro. Mes yeux récupère donc les derniers détails qui manquaient à ce portrait, sa démarche assurée et gracieuse, son regard fixé vers on ne sait quel objectif. Je bénie cette réapparition soudaine du modèle perdu.

     

    Et oui, parfois, Dieu est du côté de l’écrivain.

    March 31

    Portrait 2


    J’observais ce type dans le train. Je l’avais croisé peu avant au wagon bar en me disant « quel branleur ». Jean ajusté, chemise blanche et veste impeccable, il dégainait un sourire à la contrôleuse, l’air joueur. Sa barbe de deux jours renforçait ce côté playboy décontracté. Puis il sorti de sa sacoche un paquet de copie. « Un prof » pensait-je. Je me disais qu’il ne devait pas laisser indifférentes les élèves de sa classe.

     

    Malgré ma piètre vue, je déchiffrais sur l’en-tête des copies « Institut d’études politiques de Lyon ». Il s’agissait de ces copies universelles que nous avons tous eu en main une fois, et que j’ai pour ma part utilisé pour tous mes examens depuis le brevet, ces copies avec le coin autocollant qui se replie, pour préserver « l’anonymat du candidat ». Je ne parvenais pas à déchiffrer quel matière notre playboy enseignait.

     

    Ce que j’observais, ce sont ses traits lorsqu’il se mit à corriger ses copies, sa concentration, les plis qui se formaient sur sont front tout à l’heure si lisse. Souvent une expression de surprise se peignait sur son visage, voir un profond désespoir. Je souriais car ses mimiques avaient quelque chose de comique. Il semblait que certains de ses étudiants s’était particulièrement appliqué pour produire une contre-performance notable. Une fois la copie corrigée, celle-ci était classé dans le tas des copies déjà corrigées, probablement par note décroissante. On ne peut pas dire qu’il lui restait beaucoup de bonnes copies pour faire passer le temps de trajet du Lyon-Paris.

     

    Au bout d’une dizaine de copie, il s’arrêta, compta les copies restantes, et s’arrêta dans sa tâche. Il observa les gens dans le wagon, regarda le paysage, fut distrait par un type non loin de lui qui téléphonait à voix haute et parlait de je ne sais quel problème avec la pose de son parquet. Et puis comme si cet instant de rêverie avait réussi à lui redonner du courage, il s’attela à la correction des dernières copies.

    March 19

    Portrait 1

    Elle s’appelait Anne Charlotte, un prénom délicieusement désuet. Elle portait un caban bleu marine comme toutes les petites bourgeoises de province. Ses cheveux blonds était attachés en une petite queue de cheval, les mèches trop courtes pour être maintenues en arrière, fermement plaquées par deux petites barrettes. Elle avait dans le regard quelque chose d’hésitant, quelque chose de vraiment très excitant. Elle ne savait pas si elle devait me faire confiance ou pas, elle ne savait pas qui était ce garçon qui osait lui tenir tête, qui semblait se foutre éperdument de ses yeux bleus, de qui étaient ses parents ou de comment elle pouvait bien s'appeler,ce garçon qui voulait conquérir le monde, elle qui ne semblait être qu’une étape de cette conquête.

     

    Je lui souriais, un sourire de défi. Il n’y a que la provocation qui fonctionne avec ces filles-là. La pousser à la faute, pour l’entraîner avec moi jusqu’au bout.

     

    J’aurais simplement pu lui piquer quelques cigarettes, mais j’avais préféré l’embrasser.