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November 14 La PluieJ’ai souvent parlé de noyer ma solitude, j’ai souvent parlé de la pluie comme d’un élément post-romance essentielle. Bref, j’adore la pluie. Mais c’est comme tout, trop, c’est trop.
Mais qu’est-ce qui m’a pris de prendre la voiture un soir de « bulletin d’alerte Météo France ». Chez soi, dans son canapé, on s’imagine toujours qu’ils exagèrent, les mecs de la météo, que ça ne peut pas être si cataclysmique que cela. Alors on met le contact, parce la pluie ne nous a jamais empêché d’aller au resto. Et puis quoi encore, merde !
L’aller a été une partie de plaisir, puisque la tempête n’est pas encore parvenue en terre normande. Mais le retour… Il est 1h du mat, enfin je crois. Je suis sur l’autoroute pour sortir de Rouen. Mes essuie-glaces parviennent à peine à évacuer toute cette eau. Les lignes ne sont plus blanches, elles sont grises tellement elles sont recouvertes d’eau. La voiture ne roule plus, elle flotte. Et le vent me pousse irrémédiablement sur la gauche. Mais donnez-moi une voile !
Mais non je ne suis pas en mer. Sur la départementale, ça ne s’arrange pas, ni le vent, ni la pluie. Je connais la route par chœur, alors ça va. Je tiens bon le gouvernail, me permet même de doubler les conducteurs en déroute. Tant qu’aucun arbre ne barre ma route…
Etonnement chez mes parents, il pleut à peine, mais le vent me surprend dès ma sortie de l’habitacle. Je rentre la voiture dans la cour, j’arrive jusqu’à la porte d’entrée avant de m’apercevoir que bien sûr, j’ai oublié les clés de la maison dans la voiture. Bravo. Le temps de retourner à la voiture, la tempête que j’avais semée m’a rattrapé. Je suis trempé.
Ce soir, la pluie était vraiment contre moi…
November 12 Back Home AgainBien sûr je commence une nouvelle vie, un nouveau job dans un nouvel endroit. Ca fait beaucoup de nouveau pour moi, partisan de la stabilité. A 18 ans je n’avais jamais vécu que dans une seule ville. Depuis lors j’ai habité un endroit différent tous les deux ans. Probablement que Grenoble n’est pas mon dernier point de chute. La vie a fait de moi une sorte de nomade, mais au final, je m’en accommode assez bien.
Mais la vie ici n’est plus si excitante qu’elle a pu l’être avec toute la clique munichoise. Je me retrouve, avant d’élargir un peu mon cercle social, isolé. Alors parfois quand le poids du changement devient trop pesant, il est nécessaire de revenir aux bases, et de sauter, samedi au petit matin, dans un train direction maison. Comme le dit si bien AnSo, « ça fait du bien parfois de rentrer ». C’est probablement de ce réconfort-là dont j’avais besoin.
Il y a un côté rassurant à retrouver ces paysages connus, à rouler sur cette route que j’ai arpenté des milliers de fois. Je retrouve les « classiques » de la maison, purée artisanale, rôti de bœuf, crevette, lotte à la portugaise, gratin de chou-fleur. Les plats qui ont fait mon enfance. Cela vous paraît probablement insignifiant, mais assis au bout de la table, adossé à la cuisinière à bois, c’est un peu de moi-même, c’est cette simplicité campagnarde dans laquelle j’ai vécu, et dont le calme et la sérénité m’apporte beaucoup. Alors je ne gâche pas mon plaisir, je me ressers, car la cuisine de la maison ne connaît pas de baisse de qualité, et parce que je ne suis là que pour quatre jours à peine.
Alors profitons, car nous ne savons pas de quoi demain sera fait.
May 04 12 ans plus tard...Nous nous étions donner rendez-vous sur la place du marché, à quelques pas seulement des bancs de l’école qui nous avaient vu tous deux grandir. Pourquoi pas devant l’école directement ? Nous y avions pensé, elle comme moi, mais l’excès de nostalgie aurait peut-être été nuisible à ces retrouvailles, ou plutôt trouvions-nous cela trop exagéré, cette commémoration indécente du passé. Elle était légèrement en retard alors j’avais été faire un tour à la boutique de jeans à l’angle de la rue. Cinq minutes plus tard elle était là. Ce n’était plus la petite fille blonde que j’avais connu, mais j’étais content de la revoir. Apparemment le plaisir était partagé.
Elle semblait parfaitement à l’aise, pas du tout intimidé par tant d’année sans contact. Elle me demande ce qui s’est passé pour moi en douze ans, ce que je suis devenu, ce que j’ai fait de ma vie. Perdu au milieu de mes souvenirs, je peine à lire la carte et renvoie trois fois le serveur, car je n’ai toujours pas choisi. Elle me laisse quelques instants pour enfin choisir mon plat. Puis c’est à son tour de me narrer ce qu’a été sa vie ces douze dernières années, comment elle a grandi un peu plus vite que les autres, comment les événements l’ont rendue plus forte, comment cette petite fille sage s’est si brusquement affirmé comme une jeune fille décidée. Je l’imaginais journaliste, je croyais que c’était une invention de mon esprit, mais ce n’était que ma mémoire, une chose qu’elle m’avait dit, alors que nous n’avions qu’une dizaine d’années. Celle que j’imaginais consultante à New York pour un grand titre de la presse écrite, s’est finalement orientée vers le droit des entreprises. Un métier où elle pourrait exercer à loisir ses talents oratoires et démontrer sa qualité de rédaction. Elle est désormais en école d’avocat, concours qu’elle a préparé conjointement avec son master de droit. Je ne suis pas surpris de sa réussite, je ne me suis jamais trop fait de souci pour elle. Il y a douze ans, je me battais avec elle pour savoir qui serait le premier de la classe, elle et deux ou trois autres, j’avais déjà ce goût pour la compétition, et elle, l’humilité que je retrouvais désormais dans ces propos. A l’époque elle écrivait déjà mieux que moi, moi qui n’aimais pas écrire, moi qui souffre presque désormais d’avoir pris le chemin scientifique.
J’essaie de ne pas trop parler de moi mais c’est difficile, heureusement elle a le verbe facile et s’impose sans heurt dans la discussion, elle me parle de la galère du double diplôme, de cet été pourri à préparer son concours pour l’école d’avocat, de la difficulté de mener de front une vie professionnelle chargée et une vie privée épanouie. Elle a cette phrase aussi, au tout début de notre déjeuner en terrasse, qui m’étonne d’elle, à propos de notre enfance et que j’ai déjà retrouvé dans la bouche de quelqu’un d’autre : « parfois je regrette cette époque où tout était simple et où il n’y avait pas de souci. »
Je ne sais pas en quoi cette phrase me gène, peut être ne me gène-t-elle pas, simplement je n’ai jamais eu ce type de réflexion. Je n’ai jamais regretté, ne serai-ce qu’un instant, un passé proche ou lointain, trop réaliste pour m’attarder, trop rêveur pour que la vie quotidienne soit un quelconque piège pour moi. J’ai été élevé par un père qui rejette ses regrets par la simple force de la volonté, et qui remplace la mélancolie par les projets. Ou bien je vois chez les gens un passéisme qui n’en est pas un.
Je lui parle de mes amours, catastrophiques, de courtes durées, de ma facilité d’attachement, de ma difficulté à couper des liens si vite tissés. Je lui raconte cela comme à une vieille amie. N’est-elle pas une vieille amie ? J’aurais préféré lui parlé de mon envie d’écrire, de courts textes, des nouvelles ou des scenarii de BD. Nous aurions pu nous enthousiasmer tous deux pour cela. Au lieu de ça je lui parle de mon cœur car c’est ce qui me préoccupe trop ces derniers temps, confidences qui ne craignent rien, douze années se sont efforcées de séparer nos deux mondes. Elle fait preuve de compréhension, nuance mon goût pour les filles complexes, en m’avouant qu’elles le sont toutes. J’épanche un peu de ma nervosité du moment dans ce récit, et elle le sent bien.
Sa gourmandise la pousse à prendre un dessert, « si je l’accompagne », et mes yeux s’arrêtent sur le chocolat liégeois de la carte. Elle prend une crème brûlée. On se remémore quelques souvenirs, on se raconte quelques anecdotes, les retrouvailles ont pris ce côté déstructuré qui fait qu’on parle spontanément de tout et de rien, des petits souvenirs qui font une vie, avec la spontanéité de deux personnes qui ne se seraient jamais quittés.
Après un café, on se quitte en se promettant de ne pas attendre douze ans pour aller boire un verre ensemble. Je la remercie pour le déjeuner, elle me demande pourquoi. Je ne daigne pas lui expliquer le plaisir que j’ai à retrouver ainsi les gens que j’appréciais, et de m’apercevoir que je les apprécie toujours. Cela me permet de sortir de mon cadre strictement professionnel, d’avoir des contacts avec des gens qui font autre chose de leur vie et pense différemment. Je n’aime pas me cantonner à une catégorie de personne.
Je lui dis aurevoir mais ne la regarde pas partir, comme on pourrait regarder le passé s’éloigner, car je sais qu’il me suffit d’un coup de fil, pour qu’on aille boire un café…
March 29 Dead Hip-Hop "je suis là voix hip-hop, je suis la voix de mes potes..." Parfois je me sens seul. Pas parce que je ne me suis pas réveillé dans les bras d'une Pussy Cat Doll ce matin, non; parfois je me sens seul musicalement parlant. J'ai cette inculture en chanson française qui me fait parfois passer pour un animal bizarre dans certaines discussions. Les gens fredonnent des musiques que je ne connais pas, qui ne me plaisent pas, dansent sur des morceaux qui ne me font pas vibrer, parce que, si ça ne commence pas par des basses bien lourdes et bien ma colonne vertébrale à du mal à trembler. Alors je ne sais pas, souvent je n'obtiens comme réponse que de grand yeux ouverts, des phrases du style "le rap c'est nul" ou "tu écoutes du hip hop toi?" Et oui, désolé ce n'est pas un crime... On pourrais se demander comment, perdu au fond de la campagne normande, une petit garçon est tombé dans la marmite du hip hop et n'en ai jamais ressorti. Ses parents n'écoutaient pas de variété française, il y avait bien un album de Brel quelque part au fond d'un tiroir, mais pour être honnête, je ne l'ai jamais entendu. J'ai été bercé toute mon enfance par la musique classique, les opéras de Puccini, et les album Soul de Sade. Et puis à une époque lointaine où le rap était à la mode, on entends un morceau sur une radio, on finit par acheté une compil, par connaître tout les textes par coeur, par chanter seul le soir dans sa chambre, des textes rageurs. Vous vous direz que j'écoute sûrement du rap pour les textes, mais bien sûr une fois de plus vous vous trompez, vous n'y êtes pas du tout. C'est pour la musique, pour ce bit entêtant, pour ces basses lourdes qui fond trembler les vitres de ma caisse, ce sample d'un morceau de soul ultra connu, mais que vous ne connaissez pas. Le hip-hop m'a ouvert à d'autre musique, il m'a fait découvrir la soul, le jazz, le blues. A la grande époque, des potes de banlieue parisienne me faisait passé des mix-tape piratés, la bonne vieille cassette, ce son analogique grésillant qui a bercé mon adolescence : ATK, Lunatik, 2bal 2 Neg', La Cliqua, Ministère AMER... "Si j'avais du caaaassshhhh, ohoh ouais..." Vous vous demanderez certainement à quoi sert ce post nostalgique. J'en reviens donc à mon premier sujet, cette solitude musicale en soirée, car j'ai envie d'entendre 50 cent chanter "Don't turn the light off", parce que je n'ai jamais autant envie de danser que lorsque la voix aigrelette de Pharell sort de mes enceintes (" But you know I want ya, you should stop frontin babe"), alors je m'ennuie, un peu, parfois énormément, parce que Mika ça va 5 minutes, parce danser sur Justice, ce n'est pas vraiment mon truc, pour tout ça et pour beaucoup d'autres raisons, les soirées au Monte Cristo, les filles à la peau dorée, l'ambiance. Alors bien sûr ça n'intéresse personne, mais bon "certain disent que le hip hop est mort, mais je vous jure que moi je l'ai vu." Je n'abandonne pas: une playlist pour ceux qui auraient les oreilles tolérantes... Le Klub des loosers "De l'amour à la haine" TTC "De pauvres riches" Rocca "la fama" 50 cent "Don't turn the light off" Lunatik feat. Comité de Brailleurs "On s'maintient" Nas "The message" Kelis (feat Nas) "Popular Thug" (prod The Neptunes) Pharell feat Jay-Z " Frontin'" N.E.R.D. "Chariot of fire" Common feat Jill Scott " I am music" Kanye West "Everything I Am" Fabe & Koma "Merci" Oxmo Puccino "l'enfant seul" Busta Flex "Pourquoi" Wallen "La quête du souffre" Abdel Malik "les autres" Blackstreet feat. Foxy Brown "Gotta get you home with me tonight" John Legend "Live it up" 113 " Juste un mic" Jaeyez feat B.O.S.S. & Iron Sy "Fly, fly" AKH, Shuriken, Leila Rami & Wallen "l'univers des lascars" AKH "Réponse à MC Jean Gabin et la Rumeur" Nas " Black girl lost" Chien de paille "comme un aimant" Bonne écoute There's one life, one love, so there could only be one king... (Nas, The Message) March 15 TaguéRèglement : - mettre le lien de la personne qui vous a taguée (HajaTiana) - mettre le règlement sur votre blog - mentionner 6 choses, habitudes, tics non importants sur vous-même - taguer 6 personnes à la fin de votre billet en mettant leur lien - avertir directement sur leur blog les personnes taguées Bon et bien voilà, Manue m'a tagué, alors je me vois dans l'obligation de faire tourner... Truc n°1: J'aime marcher sur la plage, quand il ne fait pas très beau, que le vent souffle fort et qu'une petite bruine fine vient vous rafraîchir. Je traîne sur ces plages ma solitude, mes rêves, mes pensées. je me retrouve seul avec moi même, seul avec la mer, ballade égoïste, juste bercé par le flux et le reflux des vagues. Truc n°2: J'aime rouler vite, parce que quand je roule vite, je ne pense plus à rien, juste au prochain virage, à la courbe suivante, à cette belle ligne droite sur laquelle je vais pouvoir accélérer à fond. Truc n°3 : Je suis un drogué à la caféine. Vous m'avez souvent vu un gobelet à la main, je ne sors jamais de chez moi sans avoir bu une demi cafetière d'arabica, j'adore la Colombie et l'Ethiopie pour des raisons évidentes; en soirée la plupart de mes anecdotes commencent par "j'étais à la machine à café et ...", en période de révision la cafetière ne s'éteint presque pas, en vacances c'est pire que quand je bosse. Truc n°4 : Je marche tout le temps pieds nus chez moi. Petit, dans la poussette, j'enlevais chaussure et chaussette, et mon père renonça très vite à opposer une quelconque résistance à ce petit garçon têtu. Chaque année il essaie pourtant de me prposer une paire de chausson, que je refuse systématiquement. Mes pieds sont à l'épreuve du verre, des mégots de cigarette et de toutes les tailles de gravier. Truc n°5 : Quand je répond au téléphone, je ne dis pas "allo" , mais "ouais". Je n'ai aucune idée du pourquoi du comment, mais c'est comme ça. Truc n°6 : Le beurre salé, seul substance susceptible de concurrencer le café... bon je tague Mimine et Dam's je ne tague que deux personnes, parce que je vais pas retaguer Haja, qu'elle a déjà tagué PomePome, et que j'ai pas bcp de blogeurs sous la main!! February 02 AurevoirQuand on a habité une petite ville, on a l’habitude des aurevoirs. Les quelques jours qui suivent le bac s’appliquent à disperser vos amis aux quatre coins de la France quand ce n’est pas aux quatre coins du monde. Plus tard, il y a la roulette russe des concours, et on se sépare une fois de plus des potes avec qui on a galéré pendant deux ans. Je pensais qu’un aurevoir de plus ou de moins, ça ne ferait que glisser sur ma peau de rhinocéros, cette peau si dure que je me suis efforcé de tanner au fil des années.
Pour l’instant je ne pars pas, je reste sur Lyon encore six mois mais qui sait où je poserais mes valises après ? Personne, même pas moi. Mais c’est plus facile de partir et de dire aurevoir, rejoindre l’aéroport le plus proche et essayer de ne pas se retourner, que de regarder les autres partir. Pourtant je reste ici avec la plupart de mes potes, pour les six prochains mois donc. Je n’ai aucune raison de me plaindre.
Je me croyais immunisé, je croyais que ça ne me ferait rien de plus que chaque fois. Passé maître dans l’art de garder le contact, j’ai la plume facile et toujours un téléphone à portée de main, je rappelle même ceux qui n’appellent pas, et mes vieux potes de lycée le savent, je n’oublie jamais personne.
Entre les plaques de ma peau de rhino, il y a eu de la tristesse qui s’est glissée, comme une pluie fine et silencieuse. La bière irlandaise n’y faisait rien, j’essayais du mieux que je pouvais de ne pas gâcher ces adieux qui n’en étaient pas, de ne pas penser que deux heures plus tard, je ne te verrai plus avant un moment.
Sur la télé du bar, un vieux clip de Stevie Wonder, « I just called to say I love you », nous fit sourire tellement son visuel était kitsch. Il fallait de toute façon garder le sourire, coûte que coûte. J’étais celui qui restait, pour une fois, celui qui garderait l’équipe de Munich et d’autres pas loin. Je ne plongeais pas dans l’inconnu d’un départ en terre étrangère.
A quelques minutes de se dire aurevoir, silencieux, juste le bruit de tes talons. Je ne sais que dire car je suis nul pour les discours. Je suis plutôt celui qui fuit sans laisser de trace. C’est toi qui me rassure presque. Peut-être qu’on ne se rend compte qu’on tient au gens qu’au moment où ils s’en vont. Disons plutôt qu’on en est conscient mais c’est à ce moment qu’on le ressent physiquement.
Je rentre et j’écoute Otis
Redding, mais il ne m’est d’aucune aide. Il pleut toujours sur le rhino.
December 17 Parfois un weekend calme…
… Ca ne fait pas de mal. Je sais vous allez me dire, mais il est où le rêve ces derniers temps ? Je sais que depuis le gala, je n’ai guère eu de soirée à vous conter. J’aurais aimé mais toutes les soirées ne sont pas magiques, parfois il y a des mauvaises nuits, trop froides et trop dures pour vous être narrées.
Mes difficultés croissantes à comprendre l’espèce humaine a sensiblement dégradé mon humeur et de la même façon mon envie d’écrire. J’ai donc essayé de vous faire patienter avec quelques textes aussi joyeux que mon humeur du moment. Avant que le weekend ne me fasse retrouver quelque peu le sourire.
Pâtes et Parties de Cartes
Vendredi soir dernier. Je m’apprête à passer une soirée seul à l’appart’, me regarder deux petits épisodes de Spooks, et filer directement au lit. Rien de très amusant me direz-vous. Mais c’est à ce moment là que MSN s’agite. Changement de plan pour la soirée, je vais manger avec Seb à sa résidence étudiante. Je sais qu’un copieux plat de pâtes m’attend sur place, et comme beaucoup d’entre vous le savent (hein Chris !) j’adore les pâtes. Seb n’a pas de cuisine dans sa chambre, mais il y a une cuisine à chaque étage de sa résidence, avec une petite salle à manger attenante. Seb prévient donc ses voisins de couloir, rare en ce samedi soir. Nous somme 5 ou 6, Seb a sorti la petite sauce tomate « home made », une recette d’Oks-Oks. Ses voisins sont plutôt sympas, et je dois reconnaître à notre Marseillais une grande facilité à rendre les choses conviviales très rapidement. Il n’y a pas de recette pour cela, certaine personnes y arrivent mieux que d’autres. Le dîner est suivi naturellement par une coinche, puis par un petit poker, pour permettre à tout le monde de jouer. Malgré l’alarme incendie rien n’entame la détermination des troupes de rester là à jouer aux cartes, et ce n’est qu’une fausse alerte. Fahtia nous apprend que pour les « vraies » alertes il y a une alarme plus forte. Pas d’affolement donc. Seb finit par tous nous ratisser, et la partie s’achève. Pour la peine Seb s’occupe de la vaisselle et nous frôlons de peu la bataille d’eau… Je quitte mes hôtes vers minuit et des poussières, avec ce sentiment bien connu, celui d’avoir passé une bonne soirée.
Marketing girl
J’avais passé mon samedi à bosser, et je ne voulais pas rester terré dans mon appartement. Je proposais à Héléna d’aller boire un verre, avant qu’elle ne parte en « vacances » (la recherche de stage ce n’est pas vraiment des vacances). Nous trouvons péniblement une place dans un des pubs du Vieux Lyon, tous bondés.
Nous parlons de tout et de rien, très peu de marketing et surtout de cinéma, de sa future vie à Londres, de l’ambiance qui règne à l’EM, du fait que là-bas, on ne joue pas aux cartes le midi. Je découvre un autre monde, une autre culture, je comprends aussi mieux comment elle ressent ses cours là-bas. Elle se demande comment je m’organise pour mes « réunions de groupes » sans avoir d’agenda. « Quels groupes ? » est ma seule réponse. La soirée passe doucement, le pub finit de se remplir, je fais durer mon verre. Nous nous remémorons le jour de notre permis de conduire, ou comment nos vieux potes ont évolués. Nous finissons par partir vers 23h parce qu’il y a trop de fumée et que ça commence à gêner la Miss et ses lentilles de contact.
La nuit est glaciale. Je raccompagne la star du Market’ jusque chez elle et je rentre chez moi. Il reste une soirée dans ce weekend, espérons qu’elle soit aussi agréable que les précédentes.
Stammtisch
Dimanche, fin en beauté. Damien nous a organisé un petit repas franco-allemand au Flam’s. Nous sommes plus de Français que d’Allemands, et j’ai du mal m’obliger à parler allemand, même si Damien passe son temps à me tailler : « Auf Deutsch, le Breton !!! » Sur la vingtaine de personnes présentes sur place, la grande majorité suivent des études scientifiques, notamment à l’INSA. Il y a tout de même deux littéraires perdues parmi ces scientifiques et j’entends des « ah mais non là, c’est un adjectif épithète », ça grammairise sec donc à l’autre bout de la table. Nico alias « la Fouine » et Magali sont là aussi. Après quelques flamenküche, je me détends un peu, j’arrive même à communiquer dans la langue de Goethe, tout ça pour parler du système d’éducation français. Nous payons 15€ une bouteille de mauvais riesling, les flamenkuche ne sont pas très chaudes, mais l’essentiel c’est de s’amuser, de consolider l’amitié franco-allemande, de provoquer les littéraires idéalistes sur les sujets sensibles, et de finalement passer une très bonne soirée. En espérant que Damien nous en organise encore, des Stammtisch aussi réussie !!!
Je quitte mes potes sur les quais du Rhône et je rentre seul dans la nuit, décidément de plus en plus froide à mesure que les jours passent.
Le weekend n’est pas tout à fait fini. Il me reste à appeler Camille pour notre coup de fil bimensuel. Ca me permet de prendre des nouvelles d’elle, de sa famille et du Bordelais, de garder un contact que je n’ai jamais vraiment perdu. Ce coup de fil du dimanche soir, au début occasionnel, a fini par s’imposer comme une habitude, et par trouver une fréquence. Camille SAIS, elle me connaît bien et c’est facile de lui raconter les éléments des deux dernières semaines, de les soumettre à un point de vue totalement extérieur, elle qui ne connaît ni Lyon ni mes amis ici. Il est plus d’1h du matin quand je raccroche le téléphone, le réveil sera difficile le lundi matin, mais qu’importe, quand on a passé un bon weekend… November 02 Le gâteau à l’ananas.Marie-Claire m’avait proposé de
venir apprendre à faire les nems chez elle. C’étais ma semaine cuisine, alors
pourquoi pas. Je passe chercher Willy dans le 7e, et quelques
minutes plus tard, nous sommes en cuisine, sous les ordres de MCy : «
tu peux couper ça ? » « et toi tu peux mélanger ça ? »
« Willy tu peux aller chercher la viande ? » etc…
Une fois la préparation fini, nous passons à l’activité « roulage des nems » et non Gaylord ça ne se roule pas comme une cigarette ! Donc voilà je regarde j’apprends et j’essaie de ne pas trop me faire taper sur les doigts. « Faut bien les serrer, hein ?! » me dit MCy. Willy travaille au ralenti, en cause la mine mémorable de la veille et le coucher tardif. Ca n’avance pas bien vite. Mais nous parvenons finalement au bout. Et puis nous savons que nous aurons bien mérité notre repas.
Nous sommes nombreux autour de la table, le frère et les sœurs de MCy, ses parents, les beaux-parents de sa sœur et leur fils, des potes d’ici ou là. (On était une quinzaine je n’ai pas eu trop l’occasion exactement de demander les liens de parenté qui unissaient les uns ou les autres). Le repas est délicieux, copieux aussi. Outre les nems préparés en fin d’après-midi, il y aussi du porc, du canard laqué, des nouilles blanches, du riz. MCy pousse à la consommation, en plus. « Servez-vous, faites pas les timides !!! », « Je te ressers ? » « Quelqu’un veut du riz ? »
Et puis le dessert. En fait les desserts : une tarte aux pommes et un gâteau à l’ananas. C’est ce dernier sujet qui est en fait essentiel. Car sa vue fait remonter chez moi de nombreux souvenirs. Je suis là, au milieu de cette famille accueillante et pourtant mon esprit s’évade, et plutôt que de voir le pays de mes hôtes, le Laos, me voilà projeté en plein milieu de ma Bretagne.
Mon grand-père avait un restaurant, sur le golfe du Morbihan, à Larmor Baden. C’était avant la guerre. Il avait une jeune serveuse, Geneviève, à qui le temps et les aléas de la vie ont permis de survivre jusqu’à maintenant. Elle habite une petite maison à Larmor Baden, une de ces maisons bretonnes que l’on voit sur les cartes postales, murs blancs, pierres de granit apparentes aux angles, volets bleu ciel, ardoises noires comme la nuit. Au bout du jardin de cette petite maison, la mer, tout simplement. Pourquoi est-ce que je vous parle de tout cela ? Et bien Geneviève nous prépare toujours un délicieux gâteau à l’ananas, malgré son âge avancé, pour accompagner le café. Et c’est ce même gâteau délicieux que je mange ce soir. Je suis à des kilomètres de Lyon ou du Laos, je suis dans la cuisine de Geneviève et je l’écoute parler de ma Bretagne.
Willy me donne sa part de gâteau, déclarant forfait devant une telle abondance culinaire. Je reviens à la réalité. Je quitte mes hôtes une demi-heure plus tard, non sans les avoir bien remercié de cette soirée. MCy m’enveloppe une douzaine de nems « à emporter » et je retrouve l’habitacle froid de ma voiture.
Et il me faut quelques instants pour reprendre mes esprits, effacer la mer de mon esprit, et mettre le contact…
Merci pour l’accueil chez les Yang, merci pour le tutorat nems
Marie-Claire…
September 18 F*** la fac !
Tu remplis un dossier d’inscription en juin, qui a pour but, comme son nom l’indique, de t’inscrire dans le master où on a bien voulu t’accepter. Tu as d’ailleurs déjà rempli un pré dossier partiel à ton école d’ingénieur, qui au lieu de transmettre simplement le dossier à la fac, te demande de tout recommencer. Passe encore. Ensuite tu arrives sur le campus avec la nostalgie de ton année en entreprise et la démotivation de revoir un des campus les plus moches de France (ok ils sont en train de mettre des nouvelles hottes dans mon futur labo, alors je ne devrais pas me plaindre). Et puis là tu croises une pote qui te dis (heureusement que tu la croises, merci Céline !), qu’il faut s’inscrire à la fac. Mais attends le dossier qu’on a envoyé ils en ont fait quoi ?
Tu t’enfonces dans un des interminables couloirs de la fac, tu te bats avec le secrétariat des études pour avoir une simple attestation de scolarité (ils sont débordés paraît-il, pas mieux qu’à la fac. Je rappelle quand même que c’est le meilleur secrétariat des études qu’on puisse avoir, celui qui imprime la solution au dos de l’énoncé du partiel… ça ne vous rappelle rien ??)
Finalement retour à la fac, on s’y met à quatre pour comprendre ce formulaire de merde, même avec la notice (de 15 pages pour un simple formulaire de 4 pages…), je n’y comprends rien. Laurent essaie quand même d’expliquer aux deux étudiantes libanaises les différents trucs à remplir… je comprends la galère pour les étudiants étrangers. Enfin finalement l’enregistrement est fait sur ordinateur, donc tu remplis un formulaire pour qu’on te pose les questions en direct après. Finalement on te donne le certificat de scolarité de la fac, le précieux sésame.
Je reconnais que le personnel sur place est coopératif et aimable (c’est assez rare pour être souligné…), que je forcis probablement le trait, mais que voulez-vous les formalités administratives ça m’a toujours gonflé.
Demain premier cours, au moins je ne viendrais pas sur le campus pour rien… September 11 ‘Feels right to be home
On me demande parfois ce qu’il y a en Normandie, ce que l’on peut y voir. On me regarde parfois avec mépris quand je dis que j’y suis rentré pendant les vacances. Cela m’a valu beaucoup de remarques, de sarcasmes et de rires mal intentionnés. Bien sûr avec les années, je ne semble plus y prêter attention, je me montre bien imperméable à tout cela. Mais bien sûr tout cela s’accumule. Une amie m’a dit il y a quelques mois de « ne pas encaisser sans ouvrir la soupape », de « relâcher la pression ». Mais je suis têtu et je continue mon cahier de doléances, de rancune, pour une fois arrivé à bout, prouver à tous ceux qui ont parlé sans savoir, qu’ils ont tord.
Bien sûr, certaines choses sont vraies, le soleil n’est pas garanti, la chaleur non plus. De là à dire qu’il n’y fait jamais beau, c’est beaucoup exagérer. Les idées reçues sont bien ancrées dans l’esprit populaire. Au moins je ne parle pas de ce que je ne connais pas. Je ne vous parle pas des $eychelle$, des îles Caïman ou d’Argeles. J’aimerais que tout le monde en fasse autant.
Peut-être ne comprendrez-vous pas ni mon énervement, ni ce goût si prononcé pour les causes qui semblent perdues. S’il n’y a que la chaleur et les plages bondées qui vous intéressent, je ne peux plus rien faire pour vous. Mais s’il reste en vous un peu de curiosité, une petite capacité à l’émerveillement, un goût pour le calme et la sérénité, je dois m’accrocher. Parce qu’il n’y a rien de plus beau qu’un paysage qu’on découvre et redécouvre au fur et à mesure des années, des plages désertes, au pied de falaises pas encore enlaidies par la folie du béton. Là où je vais il y a peu de touristes, il n’y a que la mélodie des vagues, et si vous ne comprenez toujours pas pourquoi je m’épuise à en parler, alors vous pouvez tous aller vous faire foutre. Vous pourrez voir de vous-même sur les photos en ligne, que je n’ai besoin de personne, quand je suis seul sur cette plage.
De nouvelles photos en ligne, des paysages estivaux, et pour ceux qui en veulent plus, une invitation à prendre l’autoroute dans l’autre sens l’été prochain. February 13 My Funny Valentine
Demain, c’est la St Valentin. Le titre n’a quasiment rien à voir, mais je ne vais pas vous parler de jazz pendant des heures.
Il y a quelques années, même date. Le temps est doux pour un mois de février, je suis devant le fleuriste. Je sais déjà ce que je vais acheter : des roses blanches. C’est symbole de pureté, je regrette un peu de les avoir offertes à la plus belle salope que je n’ai jamais connue. Mais bon j’aime bien ne pas acheter de roses rouges, allez comprendre. Je suis là avec mon bouquet en main. Elles sont belles ces roses, j’imagine déjà son visage quand elle me verra débarquer sur le pas de sa porte, avec ma tête d’idiot amoureux transi, et mes roses. J’indique leur chemin à un couple, qui cherche déjà le restaurant qu’il a du réserver. L’homme me souhaite une « bonne soirée » avec un sourire tout à fait entendu. Je lui rends un peu le même sourire : « vous aussi ».
Tout avait bien commencé. Bien sûr tout fini mal. C’est couru d’avance. Après avoir tapé le digicode, je monte les quatre étages en silence. Je sonne à sa porte, elle n’est pas là. Je dépose alors mes fleurs sur le pas de sa porte. A ce moment sa voisine de palier sort de chez elle, et je m’enfuis en courant dans l’escalier, comme une bête traquée, comme un voleur pris sur le fait.
Je n’ai jamais eu de merci pour ces roses. Je suis reparti dans la nuit de février.
Alors vous comprenez bien que pour moi, la St Valentin, ça ne me rappelle que mon appartement vide et ces fleurs orphelines sur un palier.
(Si tu lis ça, j’espère que tu te reconnaitras.) January 05 RetrouvaillesJ’ai retrouvé Paris. L’odeur du RER, toujours aussi immonde, insupportable. C’est pareil dans le métro. Rien n’a changé en six mois. Ici les filles sont plus belles qu’ailleurs. Métissées, bien habillées, classes, jamais vulgaires. Je les regarde dans le métro, leurs yeux perdues dans le vide, leur main bien agrippée à leur sac. J’avais oublié que les filles étaient si belles à Paris. Le métro s’arrête. J’émerge des profondeurs du sol pour arriver à la surface. Un frisson me parcours le dos quand je sors devant la gare St Lazare. Je suis de retour. Les quais, ce train régional miteux, remplis à ras bord par le surbooking de la SNCF ; vendre plus de places qu’il n’y en a en réalité. Les voyageurs qui avaient réservé en voiture 18 cherchent encore leur place : il n’y avait que 17 wagons. Pour moi la fin de mon trajet se finit invariablement de la même façon en cette période de fête, 55 minutes de voyage debout entre deux wagons, et ce connard de contrôleur qui veut traverser la rame, pour voir s’il ne reste pas de place. Je me demande pourquoi je paie encore mes billets de train… Dans ce train j’y ai retrouvé deux inconnus, de ces rencontres qu’on ne peut faire que dans le train, dans des conditions précaire de voyage. Ensemble dans la même galère : trouver une place pour ses bagages, essayer de s’asseoir par terre, quelque part, n’importe où. Et puis il me pose une question, qu’elle accompagne d’un sourire malicieux : « vous n’auriez pas un tire-bouchon ? » Ma réponse est négative et désolée. Je n’aurais pas refusé d’arroser cet énième voyage debout par un peu de vin blanc. Ils se consolent tous les deux avec des prunelles à l’eau de vie, qu’ils me proposent de partager. Le tutoiement terrasse vite le vouvoiement, on se raconte nos vie, on rigole, on fait des blagues idiotes et pourtant drôles. A Evreux, je descends du train. Je m’arrête pour les regarder avant de perdre le quai de vue, ils sont descendus pour se fumer une petite blonde. En me voyant me retourner, ils me font de grands gestes, comme s’ils saluaient un vieil ami croisé par hasard. C’est presque ça finalement. Retour à la maison, cette odeur de café italien qui flotte dans l’air, le feu dans la cheminée, la pluie fine dehors. Le chat des voisins qui miaule à notre porte, l’odeur de la cuisine, le parfum du repas qui mijote, au coin de la cuisinière. Je bois le premier café des vacances, comme pour m’imprégner de cette ambiance que j’ai quittée il y a six mois. Je reprends la voiture de mon père pour aller voir mes potes. Ces départementales que je connais comme ma poche, l’aiguille du compteur à 170 et toujours cette pluie fine qui m’accompagne partout. La suite n’est qu’une longue série de soirée et de dîner en tout genre, avant qu’un avion de la Lufthansa ne m’arrache cruellement à ce pays. Mais j’ai retrouvé un peu de moi-même pendant ces dix jours, et beaucoup de mes amis aussi. November 28 Gala (remise à zéro)
Vendredi. L’avion quitte le sol allemand. Je suis le nez collé à la fenêtre comme un gamin. Six ans que je n’ai pas pris l’avion. Six ans bien remplis .Mais je ne vais pas faire les comptes ce soir. Je vous dis juste que je remets les choses à zéro.
Ce même vendredi, je sens le contact du train d’atterrissage sur le tarmac de la piste. Lyon. Retour sur mes deux dernières années. Pas de retour à la maison, je suis en France mais loin de mes terres natales…
Je suis logé chez Nelly. Nelly qui m’a chouchouté tout le week-end, avec de très bons repas, samedi midi notamment. Très bonne ambiance chez elle ce week-end, je vais donc chercher les croissants samedi matin, pour elle et son copain, parce que quand on est reçu comme ça, on a envie de soigner ses hôtes. Merci donc à eux deux de m’avoir dépanné ce week-end. Ca fait plaisir de les voir.
Vendredi soir, j’ai mon costume chéri infroissable et ma chemise Cardin bleue, qui m’ont accompagné dans de nombreuses soirées, depuis six ans justement… Le casino offre un décor superbe à ce gala, je récupère mon invitation et je rentre dans la salle. Je croise des têtes connues, serre quelques mains. Je parle beaucoup avec ceux que je n’ai pas vus depuis longtemps. J’ai du mal à me mettre dans l’ambiance, la tequila n’y faisant rien. Lauriane et Mathieu me sauve la soirée, ainsi que la sœur de Lauriane, Eline. Je croise Anne-Lise et les Allemands, et aussi les ex-stagiaires munichois…On reparle du bon temps et de l’Oktoberfest, de la vie à Munich et du manque de neige cette année.
Un détour sur la piste avec Lauriane, rapide, un tout aussi rapide avec Eline. Quelques photos avec elles, Mathieu, Sabine aussi. La soirée est déjà finie. Passée trop vite, à peine eu le temps de parler à Camille et Elise qui organisaient. Juste le temps d’une coupe de champagne et d’un peu de détente. Dans la navette du retour ça sent l’éthanol mais on se marre bien. Eline fait chier le monde mais on rigole. PH balance des conneries comme à son habitude.
4h du matin, je rentre à pied. Lauriane me demande si ça va aller. Je lui réponds que je suis de retour au niveau zéro, après des hauts et des bas… La nuit de novembre est étrangement chaude et accompagne avec douceur mes pas. Un peu plus légers ce soir. October 23 Souvenir (Dachau)
Le soleil brille. Etonnant pour une fin de mois d’octobre. Le temps est doux mais ça ne rend pas la visite moins difficile. Heureusement je ne suis pas seul. Ce n’est pas un endroit à visiter seul.
Nous franchissons la grille d’entrée, lourde, froide. En haut, l’inscription « Arbeit macht frei », vue dans tous les livres d’histoires. Mais cette fois-ci nous sommes devant. Une grande place au centre du camp, puis les baraquements alignés, enfin seules leurs fondations demeurent. Les deux premiers ont été reconstruits pour donner une idée des conditions de vie des déportés. Et puis cette symétrie, cet alignement. On ressent cette dictature de l’ordre, inflexible, implacable.
Le camp n’est pas si grand ; quand on sait qu’il a contenu jusqu’ à 30 000 personnes, on le trouve petit. On ne peut pas imaginer les conditions de vie. Tous les musées, les reconstitutions et les photos du monde n’y arriveront pas. L’horreur atteinte dépassent les capacités de l’imagination. Les humiliations, les coups, les exécutions, les expériences médicales. On visualise déjà bien assez, et pourtant ce n’est rien. Pour s’en assurer, la visite du four crématoire et de la chambre à gaz est là. On se dit que ce n’est pas vrai, que ce n’est pas humain. Pourtant l’horreur est là sous nos yeux. Les lieux d’exécutions, les tombes de cendres, les fosses communes.
Comme le dis le monument commémoratif, « pense à la manière dont nous sommes mort ici ». Alors je me souviendrai de cette après-midi d’octobre. Car il ne faut rien oublier.
A la mémoire d’Henri Tallec, mon grand père, qui a passé plusieurs années en déportation dans un camp de travail en Pologne. Lui a eu la chance de revenir. September 11 Mes colocs…
J’ai peu parlé de mes colocataires depuis le début de ce blog… Les pauvres qui subissent mes sautes d’humeur, pas toujours justifiées en plus.
Die Marion
Marion , Haute Savoyarde de son état, fan de fromage en général et de reblochon en particuliers. Elle vous expliquera d’entrée que, je cite, « la différence entre la Savoie et la Haute-Savoie, c’est un peu comme entre la couture et la haute-couture. » Vous aurez beau lui dire qu’on dit « la fondue savoyarde » et pas « la fondue haute savoyarde », elle n’en démordra pas…
Mais Marion n’a pas pour autant l’esprit fermé, et communique quand même avec le Savoyard moyen (son copain est de Savoie). Voilà donc les deux réconciliés. Marion, donc, qui habite Chamonix, a les yeux qui brille a chaque fois qu’elle voit un flocon de neige. Elle aime le ski et le pauvre fan de foot que je suis n’a qu’à bien se tenir…Elle écume donc Munich à la recherche d’une nouvelle veste de ski Burton, histoire de faire un malheur sur les pistes.
Autre dépendance de Marion, elle est nesquikomane, c’est-à-dire que son monde s’écroule lorsque le paquet est vide, la sensation de manque se fait vite ressentir et tu as pas intérêt à faire une blague là-dessus au petit-dej’, non non non, on ne plaisante pas avec le Nesquik…
Alors me direz-vous, pourquoi supporter une telle fille dans son appart ? Pour plusieurs raisons : d’abord, Marion est une pétasse (les initié(e)s comprendront) et ça, ça compte ; ensuite Marion a une descente qui ferait envie à plus d’un cowboy (et vu la quantité d’éthanol ingurgité à Munich, c’est un atout). En plus avec Marion, rien n’est grave, tu peux faire des conneries, tu peux faire brûler les oignons, ça passe…La haute savoyarde est donc assez conciliante.
Marion c’est aussi des coups de motiv’ impressionnants, ou elle se met à faire des gratins d’aubergines sans raison particulière, à sauter partout dans l’appart’, le tout en rythme avec une compilation des meilleures chansons paillardes. L’ensemble est ponctué de « trop bien !!! » joyeux et peu contrôlés.
Je finirais par citer une phrase mythique, une de ces soirées où on finit en boîte on ne sait pas trop comment… « Bon, on va les virer les deux pouffiasses sur le podium ?!» Et en effet, elles n’y sont pas restées longtemps…
Der Christophe
Christophe, lui, est Lyonnais pure souche. En fait il est plus que Lyonnais, il est Croix-Roussien (pour ceux qui ne connaissent pas Lyon, c’est l’une des deux collines de la ville). Bien que né sur une colline, Christophe aime la montagne, et le ski. En bon Lyonnais, il aime aussi le foot, donc pas de jaloux.
Le Croix-Roussien est une espèce rare qui fait la fête entre congénères (« je vais faire la fête avec mes potes de la Croix-Rousse »). Parmi eux, Christophe mène une vie parfaitement organisée, même à l’étranger. Le point névralgique de toute cette organisation étant le lit, où Christophe passe le plus clair de son temps ; tout y est à portée de main et ne nécessite aucun déplacement. De sa propre bouche, il vous dira qu’il est partisan du moindre effort, et que cela lui va très bien. Christophe paresseux me direz-vous ? Et bien non, il est présent dans toutes les phases pénibles de la vie communautaire : l’épluchage de pommes de terre pré-tartiflette, le vidage de lave vaisselle, ou les (très longues) courses au V-Markt (le supermarché germanique).
Si Christophe fait la sieste, c’est pour mieux être en forme la nuit tombée, car le Croix-Roussien moyen est un animal nocturne, qui fréquente les petits parcs, les bars, les boîtes. Jamais de baisse de motivation chez Christophe, une fois le soleil couché…Sa potion magique est le Vodka-Redbull, « ça passe bien »dit-il, qui peut le tenir éveillé jusqu’au petit matin, et au premier S-Bahn à la sortie de la Kult Fabrik. De toute façon, la vodka, il boit ça « comme du petit lait », tant que vous ne lui donner pas de rhum à boire, tout va bien…
De plus, Christophe est calme, et il n’y a que le service après-vente d’Orange qui puisse le mettre dans des états d’énervements importants. Mais si vous ne lui refusez pas une résiliation de contrat, normalement, il ne s’énerve pas contre vous.
J’allais oublier le plus important ! Les blagues de Christophe, toujours racontées sur le ton le plus sérieux du monde, le visage impassible… il serait foutu de vous faire croire n’importe quoi : qu’il est un pro de la salsa, que demain tu présentes ton projet devant toute la promo, avec un power point, au lieu de la réunion informelle de 10 minutes avec deux profs…et encore, les exemples ne me viennent pas en tête. Ca c’est en plus des petites allusions qu’il me sort au boulot sur telle ou telle fille, rien que pour me faire chier (souvent le vendredi c’est festival !). Mais quand on voit une blonde tomber dans le panneau de ses petites plaisanteries…on se délecte.
Le plus étonnant dans tout ça, c’est peut-être qu’ils arrivent à supporter le petit nerveux surcaféiné qui vit avec eux… August 09 A midi sur le ponton
Nous revenons du Kebab avec Christophe. Nous marchons en silence car nous mangeons et la matinée a été fatigante. Marion est restée à la boîte pour finir une décantation récalcitrante. Les nuages font peu à peu place au soleil, juste à temps pour la pause déjeuner. Une fois notre repas fini (expédié serait plus juste), nous sommes sur le ponton, face au lac, le « Starnberger See », où nous sommes baignés à de nombreuses reprises au mois de juillet. Mais le mois d’août se révèle mois beau que ne l’a été juillet, et nous profitons simplement d’une brève éclaircie, au milieu d’une semaine de pluie. C’était trop beau pour durer, c’est l’Allemagne ici, pas les Seychelles.
Le ponton est désert, pas de baigneurs, le temps médiocre les a sûrement découragés. Alors chacun se cale comme il peut, je mets mon sac sous ma tête, en guise d’oreiller. Christophe semble déjà assoupi. La sieste, c’est un truc d’habitué. Christophe est un pro, il en a fait un mode de vie. Ca lui permet de rattraper le temps de sommeil perdu à cause de nos horaires de boulot assez matinales.
Personnellement, je ne suis pas un amateur de sieste, je regarde souvent le paysage, les gens, pendant que Christophe somnole et que Marion finit sa salade (j’y reviendrai plus tard). Mais là, je suis tellement crevé, que ce petit somme est quasi inespéré. Le soleil me chauffe le visage, moi qui n’aie pas besoin de ça, vu mon état de fatigue. Et puis je rêve un peu, je repense à la France, aux personnes que j’ai laissées là-bas, à celles aussi à qui je ne manque pas ; et elles sont nombreuse, croyez-moi. La mer me manque surtout (les pétasses du 44 et autres habitant de la façade ouest de la France me comprennent certainement. J’essaie de ne penser à rien mais je n’y arrive pas. Pourtant, les bruits autour de moi se font plus distants, plus ténus. Mon corps se détend légèrement. Je sens toujours le soleil sur ma peau, mais je perds toute notion du temps, je ne sais pas depuis combien de temps je me trouve allongé ici dans cet état de semi conscience.
Je me relève. Christophe, un peu plus loin vers le bout du ponton, dort toujours ; en véritable professionnel, il possède toujours le bon timing pour se réveiller. Je reste là, au bord de cette mer qui n’en n’est pas une, puisque je vois l’autre rive. Christophe se réveille. « Bon, on y va ? » Le signal du départ efface d’un coup de ma tête toutes ses pensées, je me dis qu’il reste encore quatre heures de taf à faire. Nous remontons à la boîte, retrouvons Marion assise seul sur un banc, isolée pour cause d’overdose d’Allemand.
Nous rentrons tous les trois, espérant qu’un café nous remette d’aplomb pour le reste de la journée… July 21 Fin de semaine
Cette semaine s’achève paresseusement dans la chaleur de ce mois de juillet. Les deux derniers jours ont été particulièrement pénibles, car nous avions peu de travail à faire. Il n’existe rien de pire que d’errer dans un labo, en cherchant quelque chose à faire, n’importe quoi, peu importe que cela soit intéressant ou pas, répétitif, ça vos toujours mieux que de tourner en rond et de se boire des cafés pour passer le temps. Personne ne peut tenir longtemps une telle dose d’oisiveté. On se met au ralenti, on se bat avec les autres pour faire le peu de travail qui reste à faire, on met un temps fou pour faire les choses, sachant qu’on aura rien d’autre à faire derrière. On scrute le moins possible le cadran de l’horloge, parce qu’on sait qu’on trouvera la cadence des aiguilles bien trop lente.
La journée s’achève enfin, Marion et Christophe étaient aussi désoeuvrés que moi aujourd’hui. Christophe en a profité pour aller chez le dentiste, mais sa courte absence ce matin ne nous a même pas permis de travailler plus. Qu’on se partage rien à trois ou à quatre, c’est pareil.
Nous avons tous les trois hâte de rentrer à l’appart. J’ai demandé à Christophe de couper la radio, qui passe en boucle la même chose chaque jour de la semaine. La route est libre, Christophe accélère et pousse un peu l’espace. La sensation de vitesse est pourtant légère, malgré la vitesse bien réelle. Mais c’est apaisant, la route défile et je ne pose pas de question, je regarde juste l’asphalte dérouler sous les pneus et le paysage défiler devant mes yeux. Marion baille et n’a qu’une envie, rentrer. Les horaires de travail on changé définitivement cette semaine, nous commençons une heure plus tôt et la fatigue s’est accumulée. Les yeux de Marion sont cernés, Christophe ne dirait sûrement pas non à une petite sieste.
Ce soir, le silence règne dans l’appartement. La fatigue et la moiteur ont fini d’achever les troupes. On se demande sans conviction ce que l’on fait ce soir, je ne sais même pas s’il y a de quoi faire un repas dans le frigo. Samedi soir, l’anniversaire de notre patron s’annonce plus qu’arrosé…
Mais lorsqu’il s’agit de faire la fête… il n’y a plus de fatigue. July 18 Chaque matin…
Chaque matin c’est pareil, ouvrir les yeux en se demandant pourquoi le soleil brille si fort, se lever difficilement, parce qu’on a mal dormi, dans la chaleur moite des nuits d’été, se traîner jusqu’à la salle de bain, en espérant que la douche soit un remède contre la fatigue. Chaque matin c’est pareil, je prends le même petit déjeuner, je regarde mes Frosties flotter dans mon lait, en attendant que le pain grille. Mon expatriation allemande me prive désormais de mes luxueux petit déjeuner avec pains au chocolat et croissants. Nous déjeunons en silence avec mes colocataires, parce qu’aucune parole n’y peut rien, le matin se suffit à lui-même, on se contente d’un bonjour murmuré, d’une question esquissé entre deux tartines, pour savoir si on est le seul a avoir eu un sommeil agité….
Ensuite il y a le métro, sa régularité de métronome, nous prenons celui de 8h10, chaque matin. Christophe essaie de dormir, bercé par le balancement de la rame. Marion est plongée dans ses pensées, et moi je regarde les gens, je regarde ces gens, pressés, endormis ou perdus, je me demande où ils vont et pourquoi ils courent.
Les portes de la rame s’ouvrent, c’est à notre tour de nous presser, traverser la gare de Munich, prendre le train de 8h32, ce bon vieux train, inconfortable et bruyant qui nous conduit jusqu’au boulot. On y croise déjà ses collèges, avec qui on échange un rapide salut. Chacun s’aménage une place pour pouvoir dormir, Christophe met ses écouteurs, Marion et moi sortons un livre.
A l’arrivée, il y a le soleil de juillet, celui qui vous fait regretter de devoir bosser ; alors on traîne des pieds, on fait durer les quelques mètres qui nous séparent de la boîte.
Il est déjà tard ce soir ; vous savez ce que j’ai à faire demain matin, comme chaque matin… July 15 Gary (Dr. Grygoriy Remennikov)
On a tous une certaine image des slaves : Russes, Ukrainien, Polonais ou autres. Une image principalement véhiculée par les films que nous voyons. On les imagine en mafieux sans scrupule, ou en hommes de main brutaux et froids, exécutant sans ciller les ordres d’un boss lavant l’argent sale à tour de bras. On les imagine glaciaux, parlement lentement avant d’appuyer sur la gâchette.
Il y a un Ukrainien qui travaille dans le labo où je suis en stage. Ca permet de faire tomber les clichés. Bien sûr il parle lentement, d’une voix grave et caverneuse. Si lentement que c’est facile pour moi et mon pauvre niveau d’allemand, de comprendre ce qu’il dit, malgré le fort accent qui teinte ses mots. Il s’appelle Gary, possède un doctorat de chimie et semble être très respecté dans la boîte, dont il est le doyen. C’est pourtant difficile de lui donner un âge. Ses traits semblent intemporels. Le patron parle de lui avec admiration, tout comme les autres docteur, doctorant ou stagiaires. On lui laisse carte blanche et il travaille au rythme qui lui convient. Il parle peu et aime le calme, continuant de travailler quand les autres partent déjeuner, prenant sa pause vers 15h, seul, dans la cuisine, déjeunant rituellement d’un peu de saucisson et de pain, avec un simple café. Gary ne s’éloigne de sa hotte que pour aller fumer une cigarette. Ses mains sont magiques, il connaît tous les trucs pour ouvrir les flacons récalcitrants, pour avoir un produit plus pur que la moyenne ou pour faire marcher une réaction impossible. Il reste au labo souvent une heure plus tard que tout le monde, dans le silence d’une fin de journée, perturbé par aucun autre bruit que ceux des appareils qui tournent. Malgré qu’il soit peu loquace, Gary nous souhaite toujours une bonne soirée lorsque nous l’abandonnons à ses réactions, ou nous demande parfois, lorsque nous nous éternisons le midi à cause d’une filtration récalcitrante, pourquoi nous n’allons pas mangé. Il a cette sorte de bienveillance, de côté paternel qui plaît à tous et qui le rende sympathique, en particulier auprès des stagiaires. Gary a ses petites manies, porte le tablier plutôt que la blouse, et semble être le magicien du labo. On ne sait pas grand-chose de lui, mais il a cette image particulière, de ces gens atypiques qu’on oublie pas. |
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