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    October 11

    Arrivée en Normandie / PACS d'Aline

    Vendredi matin, TGV Grenoble Paris. Mon voisin ronfle comme une tronçonneuse, et cela semble énerver la plupart des passagers du wagon. Moi, je m'en fous, d'abord parce que je rentre chez moi, que je vais revoir mes potes et ma famille, et que mon état de fatigue avancé m'empêche d'être réellement véhément. Le jeudi soir a été festif à souhait, et je n'ai regagné mes pénates qu'à 3h du matin. Il a fallu une fois de plus enterrer la vie de garçon de Mickaël, qu'on ne semble pas finir d'enterrer. Heureusement il se marie le samedi qui suit. Ca fera déjà cela de moins à fêter par la suite.

    Quand j'arrive à Paris, il pleut et la température est bien automnal. Mais j'ai tout de même le sourire. De toute façon, la pluie est mon alliée depuis des années. Quand j'arrive en Normandie une heure plus tard, le ciel est clair, le soleil brille et le fond de l'air est à peine frais. Avec un peu de chance, ça tiendra tout le weekend, rien de pire qu'assister à un mariage sous la pluie.

    Samedi, I suited up, comme dirait Barney, puisque c'est le PACS d'Aline, en grande pompe à la mairie, et qu'en plus je suis le témoin. Faut représenter, comme dirait l'autre. La température est surprenemment estivale, et ma veste de costume commence à me tenir chaud. Je retrouve quelques amis et connaissance parmi les invités, je discute avec Anne que je n'ai pas vu depuis le bac, avec Sherif et Nathalie, et j'aperçois Cécile au milieu de la foule, long cheveux blonds et robe d'été, qui cherche sous ses lunettes de soleil de star, désespérément, une tête connue. J'attends un instant avant de lui faire signe; pas la peine de la torturer plus que cela, après tout, moi non plus je ne connais pas grand monde. La cérémonie est courte, solennelle sans trop l'être, et tout le monde se prète sans mal au jeu des photos. Sauf moi peut-être, qui n'aie jamais su sourire. Pas vraiment un fan des "red carpet moments" pour résumer. Le cocktail est champêtre sans être très agréable, j'ai à peine le temps de dire un mot à Aline, la clairette est bien trop sucré et je repose bien vite mon verre. Entre cela et les macaron c'est une débauche de sucre, dont mon palais n'a pas très envie. Vers la fin du cocktail, alors que je discute toujours avec Cécile, Aline sauve ma soirée en proposant une place au repas à Cécile, suite à u désistement de dernière minute: on dit "merci Aline". La soirée est réussi, l'ambiance bonne et ça vanne pas mal à la table d'honneur (à quelle table tu crois que je suis?) entre Coralie, son frère, Aline, Yannick et moi. On rigole bien. Je fais un effort pour danser bien que n'ayant bu qu'un demi verre de vin. Je dois bien cela à Aline. Elle a toujours été là pour moi et a mérité que rien ne vienne gâcher son grand jour. Cécile, après avoir préparé le café façon "maison" pour pâlier les défaillances de la machine, nous quitte. Je reste encore un peu; plutôt le genre de type qui ne part que quand les lumières se rallument.

    Dimanche, j'ai fait l'impasse sur le "finissage des restes". Les repas chez mes parents sont toujours meilleurs que la plupart des restaurants, alors le choix est vite fait. Mais j'ai promis de venir pour le foot après. Je ne dis jamais non à petit match, surtout sous un tel soleil; et puis rien de tel pour se débarrasser de toute mauvaise fatigue. Malgré la défaite, et mon cruel manque de réussite devant le but, je suis content de mon après-midi. A peine le temps de voir la fin de Bordeaux-Rennes à la télé. Mon corps dit stop et mes paupières ne veulent plus s'ouvrir. Time for some sleep...
    March 23

    Le rocher de St Lazare

    Je sors de St Lazare. Je suis fatigué, peut-être à cause de mes voisins bruyants, qui rentrent à 4h du matin et discute à voix haute dans l'escalier. J'exècre mes voisins mais ce n'est peut-être pas une explication suffisante à ma fatigue. Le voyage de Grenoble a été sans aspérité, lisse comme un train qui roule à grande vitesse. Et puis je sors cour de Rome, inondé d'un soleil matinal. Et je tombe face à l'ennemi: Starbucks. La chaîne qui a fait oublié le goût du vrai café à tout le monde, à grand coups de lait de caramel et d'appellations marketing, celle qui a fait boire du café à ceux qui n'en buvaient pas, et qui d'ailleurs, ne savent toujours pas quelle goût ça a en réalité.

    Je prends la rue du Rocher, je pousse la porte du rocher de St Lazare, et je m'assois près de la baie vitrée. A la table à côté de moi, deux musiciens discutent compositions, l'un a sa guitare dans les mains, et affute quelques accords; le second, batteur, écoute et approuve de la tête, dit qu'il serait intéressant de bosser sur cela. Je n'ai pas le temps de trop m'attarder sur leur conversation, le serveur arrive déjà. Je demande un grand café crème. Le serveur est un ami, un vrai, un homme qui ne vous connaît pas mais qui sait repérer au premier coup d'œil un voyageur fatigué. "Avec un petit croissant?" Je capitule devant tant d'à-propos.

    Je savoure mon café, servi dans une tasse noir comme la vie, dont les marques sur l'émail me révèle qu'elle a déjà bien vécu. Rien à voir avec la jeunesse instantanée et le désagrément d'un gobelet en carton. Mon croissant est croustillant et efface bientôt ma fatigue. Je continue d'écouter la conversation des deux musiciens en faisant mine de lire Courrier International. Bientôt il se quitte en se promettant de travailler prochainement ensemble, l'un récupère l'adresse d'un petit studio d'enregistrement, et je les vois tous deux s'éloigner en direction de St Lazare.

    Je m'arrête quelques instant sur la décoration un peu kitsch du bistro, sur l'anachronisme des publicités pour des marques qui n'existent même plus, qui cohabitent désormais sur les murs avec des écrans plasma. Il y a Euronews qui passe un truc sur le parlement européen mais je prête guère plus d'attention à l'actualité à cet instant, je regarde la serveuse accrocher le menu du midi, son charme qui ne se dément pas, chaque fois que je reviens ici, cette énergie qu'ont les serveuses le matin, même le samedi quand tout le monde fait la grasse matinée et qu'il ne reste que les voyageurs fatigués comme moi. Alors je savoure la fin de mon café, toujours chaud dans ma tasse bien épaisse, je pense à un milliers de chose insignifiante, au fait que le G20 d'à côté est devenu un ATAC, qu'il n'y vende probablement plus d'Oreos. Et puis il faut quitter Paris. Retrouver ma Normandie.

    Ma mère m'attend à la gare. Je prends le volant. Un air de la Tosca sort des enceintes de la voiture. Je roule, et tout va bien.



    January 11

    Selon les rites

    Beck m’avait dit de m’occuper du vin. J’avais donc pris une bouteille de Bordeaux dans la cave familiale. Et puis Beck m’avait dit d’en prendre plutôt deux, que ça serait juste une seule, puisque Peuchot venait manger avec nous. Je fais donc un détour pour acheter un petit Médoc et une baguette de pain, au cas où Beck n’y ait pas pensé. Je croise Sarah sur place que je ne reconnais pas tout de suite. J’ai l’esprit un peu ailleurs et je reprends la batmobile direction Cergy.

     

    Ca faisait longtemps que je n’avais pas vu Beck. Ca fait plaisir. C’est parti pour un petit apéro, en attendant Peuchot : « bon tu penses qu’il arrive à quelle heure Peuchot ? » Nous lançons donc les paris sur son heure d’arriver ; chips, Corona, Passoa nous font patienter. Coup de fil de Peuchot. J’entends Beck dire « donc tu auras du retard sur le retard que tu avais prévu ? » Etre en retard, c’est un art. On garde une bière pour Peuchot, quand même. Et enfin, celui qui a la moitié de la population de Paris dans son portable arrive, fidèle à lui-même. Il a pris une bouteille de vin, pour ne pas « venir les mains vides ». On ne manquera pas de vin.

     

    Le repas ? Le même que chaque fois, petite salade composé, tournedos, pommes de terre sautés, gâteau au chocolat en dessert. Selon les rites. On rigole bien, des anecdotes, de vieux souvenirs, le futur mariage de Peuchot, et d’autres…

     

    La soirée se finit en musique, Peuchot et Beck se succédant à la guitare. Quand nous allons nous coucher. Il est 3h30 du matin.

     

    Et le lendemain matin, au petit dej’, il y a des smacks trésor… selon les rites.

    January 07

    SHOE Hunting in Paris / Déjeuner avec Rayan

    Samedi, Paris. Fraîchement débarqué du train du matin d’Evreux, moi et mes baskets trouées étions bien décidés à nous séparer. En effet, mes pieds en avaient marre de cette situation de précarité, entre pluies torrentielles, froid glacial et tempêtes de neige, ça devenait insupportable la vie à Grenoble!

     

    Ouais, mes bonnes vieilles Adidas touchaient à la fin de leur vie. Il était temps de s’acheter des chaussures capables de résister au froid des montagnes. J’investirai dans des baskets blanches pour cet été. (Sérieux tu m'as déjà vu avec de vraies chaussures???)

     

    C’est donc partie pour la tournée habituelle de la matinée, Citadium, Printemps et Galleries Lafayettes. Mais c’est toujours la même chose, soit il n’y a pas le modèle, soit il n’y a pas ma pointure. Je traîne dans le quartier des jeaniers du côté de la rue Etienne Marcel. Chez G-Star, un vendeur m’explique que les chaussures dépendent d’une licence différente, et qu’ils n’ont droit que d’en commander en 43 pour habiller les mannequins en vitrine. Allez comprendre…

     

    Cette quête commence à m’épuiser. Je sors mon téléphone, j’appelle Rayan de passage à Paris, que je n’ai pas vu depuis un bail. Je le rejoins (non sans difficulté) au croisement du boulevard Montmartre, de la rue de Montmartre et de la rue du faubourg Montmartre. « Dis-moi Rayan c’est quelle rue ??? Montmartre ? Sans rire ?

     

    Après le 28e coup de fil de localisation je retrouve Rayan et Arina au Hard Rock Café, nous déjeunons ensemble, Rayan me parle de son nouveau boulot, de sa nouvelle vie en Bretagne, et ça me fait un peu bizarre d’entendre Rayan parler de la Bretagne. Qui aurait cru que la vie enverrait Rayan dans les Côtes d’Armor ? Mais la vie semble savoir ce qu’elle fait, Rayan semble bien aller. Il me demande des nouvelles de Seb, de Pierre, de Chris et des autres. Il essaie même de m’arranger un coup avec la future star du patinage russe, une copine de sa copine. Un garçon plein de ressource, ce Rayan.

     

    Après un bon gros faux filet et plein de frites, je suis à nouveau d’attaque pour une séance de chasse à la chaussure. Arina et Rayan partent pour la défense, et me déposent (joli voiture mec !) du côté d’Opéra. Je prends le métro. Direction les Halles. Après tout, j’y trouve toujours quelque chose…

    Chez Blue Wave, ils ont toujours tout ce qu’il te faut, toutes les tailles, les modèles, les pointures. Quelques minutes plus tard, mes pieds, toujours dans mes vieilles Adidas, frétillent d’impatience à l’idée d’évoluer bientôt au chaud et bien protégés.

     

    Merci à Rayan d’avoir rappeler, ça fait toujours plaisir de te voir mec !

    Il y a longtemps...

    Il y a longtemps de cela, nous étions petits garçons, nous avions des rêves, tout était simple. On voulait être vétérinaire dans la brousse, on se bagarrait, on jouait au foot dans une cour à l’époque même pas goudronnée.

     

    On se retrouve autour d’un café, dix-sept ans après. Matthias dit qu’on en a fait du chemin depuis le primaire. C’est vrai. Chacun mène sa vie désormais, suit sa propre voix, aucun des deux n’est devenu vétérinaire, ni n’est parti s’installer au cœur de la brousse, pour s’occuper des lions…

     

    Même si les rêves d’Afrique sont loin, on a plaisir à se retrouver quelques instants, avant que nos destins se séparent à nouveau.

    December 30

    Elles Savent

    Rendez-vous était pris pour aller boire un verre quelques jours avant Noël. Je n’avais peut-être pas vu Elodie depuis deux ou trois ans. On s’est installé à une table du London Pub, et c’était comme avant. Je n’ai pas à faire d’effort, c’est simple. Anne-Laure nous rejoins, retardée au boulot, de bonne humeur comme d’habitude.

     

    Je suis content d’être là, d’être rentré, d’être avec mes vieux potes, simplement assis à une table de café, à se raconter nos vies, à parler de nos projets, de nos doutes, de nos espoirs. Je n’ai pas besoin de me justifier, ou de mentir. Elles savent. Elles me connaissent mieux que beaucoup de gens qui croient me connaître, qui croient me saisir, qui croient me comprendre. Les gens pensent souvent qu’on oublie ses potes de lycée, que les liens se distendent, on prend des voies différentes, on déménage, on « fait sa vie ». C’est ce qui se passe dans la plupart des cas, je suppose.

     

    Je suppose aussi que les gens n’ont pas eu des amis comme j’en ai eu. De ceux qu’on n’a pas envie d’oublier. Alors on se bat contre la croyance populaire, on garde contact, et chaque fois qu’on peut, comme ce soir-là, on peut nous retrouver autour d’un verre. Pas de drame, pas de larmes, pas d’embrouilles. On ne se fait pas la gueule, on ne se dispute pas pour savoir qui appelle qui, ou qui est toujours en retard. Parce la valeur des gens dépasse largement leurs petits défauts. Tant qu’on n’a pas compris ça, on reste un idiot, un idiot seul, on se réfugie derrière des phrases « elle a beaucoup changée, je ne la vois plus trop », on se dit qu’on change soit même et que cela justifie d’abandonner les autres.

     

    Moi, je suis toujours le garçon timide qu’elles ont connu. Je n’ai pas changé ; et ça, elles le savent.