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October 18 Episode XIISet The Fire To The Third Bar (Snow Patrol feat Martha Wainwright)
I find a map an draw a straight line Over rivers, farms and state lines The distant from ‘A’ to where you’d be It’s only finger length that I see I search the place Where I’d find your face The fingers in creases Of distant dark places
I hang my coat up in the fist bar There is no peace that I’ve find so far The laughter penetrates my silence As drunken men find flaws in science Their words mostly noises Ghosts with just voices Your words in my memory Are like music to me
I’m miles from where you are I lay down on the cold ground, and I I pray that something picks up and Sets me down in your warm arms
After I have traveled so far We’d set the fire to the third bar We’d share each other like an island Until exhaustion closed our eyelids And dreaming pick up from The last place we left off Your soft skin is weeping A joy you can’t keep in
I’m miles from where you are I lay down on the cold ground, and I I pray that something picks up and Sets me down in your warm arms
Alors comme je n’avais pas de solution au désespoir dans ses yeux, je l’ai emmené dîné dehors. Pour lui remonter le moral, pour réchauffer cette jeune fille gelée, amaigrie que je ne reconnaissais plus. De ses grands yeux verts, l’étincelle avait disparu. Ce n’était plus que l’ombre d’elle-même. Bien sûr ça n’avait rien à voir avec nous. Simplement, tout s’était enchaîné trop vite. Elle avait perdu son emploi, son mec l’avait plaqué. Elle avait besoin de se mettre au vert quelques temps. Alors bien sûr elle avait pensé à moi. Mais elle culpabilisait déjà de m’imposer un tel poids. Et ça ne faisait qu’aggraver la situation, sa situation.
Nous avions descendu une bouteille de vin pendant le repas. Je n’avais pas envie de rentrer, pas envie d’affronter ses pleurs au creux de l’oreiller. J’avais toujours eu du mal à la voir pleurer, alors que ça ne m’aurait rien fin si ça avait été une autre fille. Je redoutais ses larmes. Alors je nous dirigeais vers un petit bar où nous pouvions continuer la soirée tranquillement. Nous trinquions aux années heureuses autour d’une bière. Puis d’une deuxième. Ses joues avaient rosi, comme quand je l’emmenais faire du footing contre son gré. Et surtout je revoyais poindre au fond de ses yeux l’étincelle qui la caractérisait, ce soupçon de malice qui la rendait si belle. C’est un peu idiot à dire, pourquoi je la trouvais belle, mais c’était pourtant la vérité. Il n’y avait que des mots simples pour décrire cette beauté.
Nous continuons dans un bar à cocktails qui fit prendre une tout autre vitesse à la soirée. Après deux verres, elle et moi dansions comme à la belle époque, de ces années de lycée trop vite passées. Nous retrouvions des automatismes que je pensais à jamais enterrés. J’étais sûr de moi, je ne lui marchais pas sur les pieds, je me sentais bien. Elle, riait.
Nous avons mis le feu au troisième bar. Debout, seuls, sur une table, sur des rythmes latino que les autres clients n’osait pas suivre. Il se passa trois ou quatre chansons avant que la salle ne se mette à danser timidement. Nous, nous continuons sur notre rythme endiablé, entre flambée de cocktails au rhum et danses suggestives. La nuit se poursuivi jusque tôt dans la matinée, et à 6h du matin, nous errions en ville, comme deux zombies en quête d’un café et d’un croissant. May 20 Episode XIEpisode XI
Travel Light (The Dø)
I got something in my head […]
Je ne sais pas si vous connaissez ce genre de journée. Ces journées où l’on rentre fatigué nerveusement, on ne sait pas bien pourquoi, pourtant la fatigue est bien là. Je sais ce que vous allez me dire, il y a un nom pour ces moments-là, cela s’appelle le vendredi soir. Bien sûr il y a l’accumulation des petits soucis de la semaine, l’excitation du weekend, une excitation un peu vaine parfois, car les weekends ne sont pas toujours palpitants, et je me demande bien ce que je vais pouvoir faire moi aussi, à part m’attaquer à la pile de vaisselle qui m’attend chez moi.
Ces soirs-là, on n’aurait besoin de rien d’autre qu’une présence féminine, d’un simple sourire charmeur, de bras accueillant, d’un baiser qui en dit long. On imagine une étreinte passionnée, dans laquelle on mettrait les dernières forces de la semaine, jusqu’à l’épuisement, dans la moiteur d’un orage de printemps. On dormirait bien blotti contre elle, présence rassurante, encore essoufflé des ébats qui ont précédé, respirant son parfum trop parfait de jeune femme qui se préoccupe d’elle autant que des autres. Mais de telles icônes n’existent pas, je le sais bien.
Naïvement j’ai toujours rêvé de trouver une fille sur le pas de ma porte, attendant mon retour avec angoisse et espoir. Mais les yeux d’Eloïse ce soir là me remplir d’angoisse, et me firent comprendre que l’espoir l’avait quittée.
Elle n’avait qu’un petit sac avec
elle, au moins ne resterait-elle pas longtemps, me dis-je en lui ouvrant la
porte sans un mot.
Elle voyageait léger. Mais ça ne voulais rien dire. January 12 Episode XEpisode X
Wake up
alone (Amy Winehouse) It's okay in the day I'm staying
busy
Et puis il y a eu la fin de l’été. La fin des illusions. Je repartais à Lyon, elle allait continuer ses études à Rouen. Même si nous n’en avions pas parlé, nous savions bien que ce mois d’août n’était qu’une parenthèse. Nous avions pu voir une fois de plus à quel point cette relation nous torturait tous les deux, à quel point nous étions fous l’un de l’autre et fous tout court. Nous allions nous détruire lentement si nous continuions ainsi. Je ne ferais jamais les allers-retours pour elle, je n’en avais pas les moyen. Elle non plus.
Elle avait rassemblé les quelques affaires qu’elle avait laissé le temps d’un mois, elle avait tout mis dans un sac de sport bleu, sans soupir, sans un mot. Je jouais le mec pas affecté le moins du monde, je sirotais un whisky sur la terrasse, faisant tinter les glaçons dans mon verre hexagonal fétiche. J’avais posé mon verre pour l’accompagner jusqu’à sa voiture, j’avais ouvert le portail, sachant que c’était la dernière fois qu’elle le franchissait. Elle avait jeté le sac bleu sur la banquette arrière de sa clio, et m’avait dit : « bon bah, je crois que ça y est. »
En effet, ça y était. C’était bel et bien fini. Ce mois d’août touchiat à sa fin, notre histoire, somme d’épisodes improbables depuis plusieurs années, trouvait ainsi un épilogue. Elle m’avait embrassé du bout des lèvres, comme pour partir plus vite, et m’avait fait profiter une fois de plus de ce merveilleux sourire qui m’avait fait, un petit jour ensoleillé de septembre, complètement craquer. C’était il y a dix ans. La magie n’agissait plus. Il ne me resterait en mémoire que ce joli sourire et le bruit des pneus de sa voiture sur les graviers.
Et le lendemain matin, je me réveille seul.
Je pensais avoir quelque chose mais je n’avais que des cendres. Et on ne reconstruit rien sur des cendres.
Auf Asche
FIN November 21 Episode IXEpisode IX
Sexual Healing (Marvin Gaye)
Ooh, now let's get down tonight […]
Nous nous étions couchés en séchant nos larmes. Elle ne trouvait pas le sommeil. Elle se tournait et se retournait à côté de moi. Malgré cela je me suis endormi. Vers deux heures je me réveille et pense me tourner vers elle mais elle n’est plus là. La place est encore chaude pourtant. Je descends l’escalier. Je la retrouve dans la cuisine. Elle a mis un de mes sweats. Elle est assise. Elle lève les yeux quand je rentre dans la pièce, mais elle ne dit rien. Je lui prends la main. Elle se lève et m’embrasse. Et puis elle m’enlace. Je la laisse faire. Ce n’est plus l’heure d’opposer ma résistance. Mes mains remontent lentement le long de ses cuisses. Sa peau est toujours aussi douce. Des souvenirs refont surface. La première fois c’était aussi chez moi, mes parents s’étaient absentés pour le weekend et nous avions profité de la maison. L’histoire se répétait mais nous n’étions plus les mêmes, nous jetions dans cette étreinte toutes les souffrances accumulées, tous les espoirs restant aussi. Et puis tout s’est emballé. La passion est revenue. Par la petite porte mais elle était bien là. Le peu de vêtements qui nous restaient ont été éparpillés pendant le trajet jusqu’au salon –la chambre était trop loin- et la nuit prit tout de suite une autre tournure. C’était le sexe post engueulade, celui qui nous évite l’un l’autre de nous excuser, celui qui nous permet d’avoir le sourire au petit déjeuner, celui qui réaffirme à l’autre que tout va bien. Un plaisir, mais un soulagement aussi. On ne se pose plus de question, on se contente de l’autre, de ses caresses, de sa chaleur, de son contact.
Elle était venue se blottir à côté de moi après sa douche. Nous étions restés si serrés toute la nuit que j’avais eu du mal à me détacher d’elle pour préparer le petit déjeuner… November 11 Episode VIIIEpisode VIII
Mardy Bum (The Arctic Monkeys)
Je savais pertinemment qu’elle n’en resterait pas là. Nous avions bien trop aimé nous chamailler pendant des années, pour que cela s’arrête si vite. Il y avait eu un long silence, un de ceux qui me rendent mal à l’aise, ceux où on évite le regard de l’autre. J’essayais de me concentrer sur le poivron que j’étais en train de couper, elle mettait le couvert juste derrière moi. Je l’entendais presque jeter les couverts sur la table. Elle n’attendait qu’une petite remarque de ma part pour partir dans un long monologue. Je me battais contre moi-même pour ne pas lui sortir un « tu devrais les balancer encore plus fort les couvert ! ». Mais aucun ne sortit de ma bouche. Mais mademoiselle avait trop d’expérience pour se laisser défaire par une de mes tentatives de défense. Ce fut donc une attaque frontale, qui me força à la regarder dans les yeux.
Je ne m’attendais pas à un tel déballage de linge sale ce soir, mais peut-être était-ce nécessaire, peut-être avait-elle ça sur le cœur depuis des années, peut-être que c’étais la condition pour aller plus loin. Le ton est monté très vite, nous tournions l’un autour de l’autre comme deux fauves en cage, et elle ne me laissait pas m’approcher. Quand ses reproches se sont faits trop forts, trop violent, parfois même trop injustifiés, j’ai répliqué. J’aurais préféré subir sa colère sans rien dire mais c’étais plus fort que moi. Il y a eu des phrases assassines de ma part, des phrases que je regrette aujourd’hui, parce que pour moi, tout ça n’avait aucune importance, j’aurais juste dû penser à elle mais elle avait été cherché la douleur trop loin ce soir-là.
Je ne l’avais pas épargné, je lui avais jeté de ses phrases si lourdes qu’il lui fallait un instant de silence pour encaisser leur cruauté. Je l’aimais mais je préférais lui renvoyer ses propres contradictions à la gueule. Appuyer là où ça fait mal. Je suis dégueulasse, ce n’est une nouvelle pour personne. Surtout pas pour elle.
Finalement, les deux combattants épuisés de se traîner mutuellement dans la boue, interrompirent l’affrontement. Elle se mit à sangloter, en me tournant le dos, comme ses larmes étaient un aveu de défaite. Mais c’est moi qui avais eu peur de la perdre ce soir, avec toutes mes conneries. Je m’approchais enfin d’elle, posais mon menton sur sa nuque, et l’entourais de mes bras. Je l’aimais, mais y croyait-elle encore ? October 30 Episode VIIEpisode VII Me & You (Cassie)
You've been waiting so long
En fait ce n’était pas mon téléphone qui avait sonné, mais dans mon état de paranoïa actuelle, ça revenait au même. Alors je m’étais précipité sur mon portable, pour m’apercevoir qu’il était éteint. J’avais mis tellement de distance entre lui et moi ces derniers jours que je n’avais pas pensé à le recharger. Je commençais sérieusement à douter de ma santé mentale et de la réalité de cette sonnerie quand elle se mit de nouveau à retentir. La réalité fit brusquement son entrée dans mon esprit. La sonnette de l’entrée. Je sortais donc pour voir qui se tenait derrière le grand portail en bois qui fermait la propriété. J’espérais bien que ce soit elle mais je n’y croyais pourtant plus. Et pourtant c’est bien sa petite tête brune que je distinguais à travers les clairevoies du portail.
« Tu peux m’ouvrir que je rentre ma voiture ? » Puis après un long silence : « je ne te dérange pas au moins ? » Elle n’avait pas la pointe d’agressivité dans la voix que j’aurais pu imaginé. J’avais ouvert sans rien dire, elle était rentrée dans sa voiture sans même venir m’embrasser. D’une envie de la voir j’étais passé à une vexation latente qui ne demandait qu’à sortir. Une fois sa voiture garée dans la cour, elle s’était dirigé vers moi avec ce grand sourire que je lui connaissais, et qui avait l’avantage de désamorcer n’importe quelle situation.
« Je voulais passer te voir plus tôt mais j’ai eu beaucoup de boulot ces derniers temps et j’étais vraiment crevée, (elle savait que j’avais la tête du type qui attends des explications après un long silence). Mais ça fait trois jours que j’essaie de t’appeler et ton portable est éteins. J’ai cru que tu faisais la gueule. »
Je ne savais pas si c’étais une question. Je ne savais pas si je devais parler ou l’embrasser. J’avais décidé de ne pas lui raconter ma petite guerre contre mon portable. Elle avait clairement réussi à prouver qu’elle pouvait se passer un temps de moi. Elle l’avait prouvé pendant ces cinq dernières années, je ne comprenais pas bien l’utilité de ce silence de deux semaines. De mon côté je n’allais pas lui montrer qu’elle avait réussi son coup. Il n’y a pas de petite victoire et nos relations de couples avaient toujours tourné au puéril et au ridicule.
Elle lisait très bien la détermination dans mes yeux. Elle avait d’ailleurs parfaitement su lire mon regard. A la meilleure époque nous communiquions comme ça tout le temps. Au début ça avait énervé nos amis : « si on vous gène, nous on s’en va » nous avaient-ils souvent dit quand la complicité se faisait trop voyante. Alors Eloïse et moi avions travaillé la discrétion ; plus personne ne soupçonnait ces conversations visuelles, et c’était presque devenu pour nous un passe-temps très distrayant. Le contre coup avait été qu’il était devenu de plus en plus difficile de se mentir. La vérité est rarement la voie la plus conseillé, même dans un couple. October 24 Episode VIEpisode VI Last Night (P.Diddy feat Keyshia Cole)
On ne s’était pas appelé depuis une semaine, depuis notre retour de vacances en fait. Elle bossait sur Rouen pendant cette fin août, alors que je paressais chez moi, allongé dans mon canapé, à regardé des films et des matchs de foot, à manger ce qui traînait dans le frigo… et à regarder ce téléphone comme s’il s’agissait d’un truc venimeux, un scorpion ou un truc comme ça. Je ne voulais pas l’appeler. Plus les jours passaient, plus j’avais du mal à me retenir. J’avais envie de la voir, de l’entendre, mais je savais qu’elle bossait dur, et qu’elle n’avait certainement pas envie d’entendre ma voix de glandeur professionnel. Surtout j’avais besoin de savoir si elle tenait assez à moi pour rappeler, l’épreuve de force continuait donc la semaine suivante.
La nuit je rêvais de décrocher le téléphone. Dans mon rêve, ce n’étais jamais elle au bout du fil, à coup sur un vendeur de la pire espèce qui essayait de me vendre un produit aussi inutile que coûteux. J’allais courir dans la journée pour évité de gamberger, pour ne pas penser à elle, me dire que ce n’étais pas grave si je n’étais pas à côté du téléphone, que mon répondeur ferait l’affaire. Je me mentais sur ce point. J’avais toujours eu horreur des répondeurs. Preuve en était, je courrais toujours plus vite sur le chemin du retour. Comme si cet éloignement téléphonique m’était insupportable.
Deux semaines. Pas de nouvelles. Peut-être que tout cela n’était finalement qu’une escapade de vacances, une amourette de plage qui tourne à la tragédie, l’ex trop encombrant éconduit par le silence de sa promise. Je m’étais résigné, le mois d’août s’achevait, je me préparais à noyer mon chagrin dans une débauche de créativité culinaire. Après tout, une petite bouffe en solo devant ma télé et une bonne bouteille de vin me remonterait sûrement le moral. J’avais sorti des couverts pour deux, et je haïssais mon inconscient de me rappeler ainsi son absence. J’allais ranger cette vaisselle superflue quand…
Excusez-moi je dois vous laisser, je crois que j’ai entendu, le téléphone sonner… October 17 Episode VEpisode V Addiction (Kanye West)
Why everything supposed to be bad makes me feel so good Everything is told me not to is exactly what I would But I try to stop man, I try the best I could but…
What is your addiction, is it money ? is it girls ?is it weed ? I’ve been afflicted, by not one, not two, but all three She’s got the same thing about me, but more about us She’s coming over, so I guess that means, I’m a drug Just let me peek now, I mean damn, I'm so curious
Why everything supposed to be bad makes me feel so good Everything is told me not to is exactly what I would But I try to stop man, I try the best I could but…
I see the emotion in your eyes, that you try not to show We get the closest when you high, or you drunk, or you blow
[…]
You make me smile, with my heart
Nous revenions de deux semaines de vacances, mes parents rentraient de leur voyage sur le cercle polaire et je devais lâcher la maison. Nous avions profité des quelques jours ensoleillés (les seuls ?) de fin juillet et de début août pour bronzer un peu. D’accord ça ne vaut pas deux semaines en Sardaigne mais ce n’était déjà pas mal. Nous étions sur la route du retour et j’avais grand mal à me concentrer sur autre chose que ses jambes bronzées. J’étais déjà accro. Je le savais. De toute façon j’étais déjà accro il y a des années, quelle différence ?
La dépendance c’est tout ce qui nous défini. On en a tous une. Ca peut être physique ou psychologique, ça peut être reconnu ou renié, ça peut être conscient ou à son insu. Et cette dépendance nous conduit irrémédiablement à notre perte, ou du moins conduit à faire de nous ce qu’on n’avait pas espéré, ni imaginé. La dépendance est la plus forte et elle se joue bien de ta quelconque volonté. Volonté qui n’est là que pour essayer de substituer une dépendance à une autre.
L’addiction (puisque les anglicismes francisés sont très à la mode) se manifeste sous différente forme, elle te pousse à faire des trucs insensés, que tu peux bien essayer de faire passer sur le compte d’un quelconque courage ou d’une fausse insouciance. Non. Elle te gouverne, elle te dit quoi faire, elle empêche ta main de trembler. Bien sûr ça aurait pu être pire si j’avais été rongé lentement par l’héroïne, à quelques cures près, qui seraient apparues comme autant de renaissances chimériques, de répits fantomatiques.
Ma drogue c’était elle et j’avais bien réussi à m’en passer pendant quelques années, mais voilà que j’avais replongé un soir de juillet 2007, par une soirée d’ennui et de trop grande interrogation. Quand la conscience devient ton plus grand ennemi. J’étais bien résolu à ne pas décrocher cette fois-ci, à rester un junkie toute ma vie, à refuser toute désintoxication, à perdre raison jusqu’au bout. Je verrais bien au bout du compte si elle était mortelle. Mais je devrais à tout pris éviter les situations de manque.
Je devrais la rendre dépendante à
son tour, ou m’en assurer si c’était déjà le cas. Entre toxicos, on s’entend
toujours mieux…
October 05 Episode IVEpisode IV Molly’s Lips (Nirvana-reprise de Vaselines)
She says, she takes me anywere, she takes me anywere As long as she stays with me She says, she takes me anywere, she takes me anywere As long as I stay clean
Kiss, Kiss Molly’s lips Kiss, Kiss Molly’s lips Kiss, Kiss Molly’s lips Kiss, Kiss Molly’s lips
Bien sûr le cinéma n’avait été qu’un prétexte, elle avait toujours eu un goût prononcé pour la dissimulation après tout. Le film n’était pas très bon de toute façon, donc je pouvais bien perdre quelques minutes de cinéma contre quelques baisers.
Une heure et demie de film et puis quoi ? Elle s’était réjouie avec empressement de ce remake de l’été 2001, mais finalement je ne savais toujours pas quoi lui dire. Tout ça n’avait pas été planifié, et l’improvisation n’a jamais été mon fort. Bien sûr elle était capable de nous faire finir au casino de Deauville par caprice ou par défi, elle savait bien que dans les deux cas ça aurait marché sans problème.
On s’est donc retrouvé comme deux cons retombés en adolescence, à jouer un remake de leur propre vie, de leur propre histoire. Mon goût pour l’absurde n’avait d’égal que son goût pour la provocation. Le temps n’était pas vraiment le même qu’en 2001 et si nous restions plantés sur le parking du cinéma comme ça, nous serions bientôt trempé par cette connerie d’orage.
Une fois dans la voiture, et après les quelques baisers d’usage, je la regarde, interrogateur, je regarde ses yeux brillant de malice et je me demande bien quelle connerie elle va encore me sortir. « Quoi ? » me lance-t-elle comme ça.
« _Rien _ Arrête de me mentir comme ça sinon ça ne va pas encore aller loin toi et moi ! _ … _ Je sais que t’as un truc à me dire… allez !!! »
J’essaie de tenir à ce petit jeu quelques minutes, parce qu’il ne faut pas trop céder aux gamines capricieuses, et puis ça me laisse le temps de préparer ce que je vais dire. Une façon comme une autre de gagner du temps.
« _Tu te rappelles de 2001 ? lui demandais-je _ T’as d’autres questions à la con comme ça ? Bien sûr que je me rappelle de 2001 ! _ Qu’est-ce qu’on aurait fait en 2001 si on avait eu le permis, une caisse et un peu de tune ? _ Démarre… Ca va me prendre la nuit de faire mes sacs pour les vacances ! »
Elle lisait toujours mes yeux, c’est tout juste si j’avais besoin de parler. Malgré mon débit habituel, croyez-moi, parler parfois m’épuise. September 26 Episode IIIEpisode III Like it used to be (Amerie)
Our love what we once treasured
« _ Salut Eloïse. _ Salut… _ Ca doit sûrement te sembler bizarre de me retrouver devant ta porte après toutes ses années, mais… _ Je trouve ça plutôt marrant, de te voir réapparaître comme un lapin du chapeau ; on dirait que tu viens me chercher pour aller au ciné. _ Ouais, je me souviens. C’est d’ailleurs un peu pour ça que je suis là. _ Pour le ciné ? (elle a ce sourire qui veut dire qu’elle joue la naïve pour se moquer de moi) _ Non, pour tout le reste. Toi et moi, le passé, tu vois ? _ … _ Comme c’était avant… »
Elle avait baissé la tête et regardait ses pieds. Je savais que ce n’était pas bon signe, qu’elle cherchait la bonne formule, la bonne façon de le dire, ça commencerait par un classique : Ecoute, je t’aime bien tu sais, mais…
Mais il y avait une chose que j’avais apprise avec elle, et que ces années « éloignés » (à 1 km l’un de l’autre sans se parler) m’avait fait oublier : il ne fallait jamais être trop sûr de ses certitudes la concernant. Ce soir-là, elle baissait la tête parce qu’elle n’osait pas me sourire en face, elle estimait sûrement que c’était une victoire trop facile, que la bataille n’avait pas été assez éprouvante. Elle essaya de se contenir en relevant la tête, mais son grand sourire la trahit. Je retrouvais la gamine que j’adorais. Elle se retourna et cria à l’intérieur : « je vais au ciné ! » Elle se retourna ensuite vers moi et me lança avec malice : « c’est bien pour ça que t’es venu non ? »
Après avoir déposé un baiser sur mes lèvres, elle se dirigea vers ma voiture. Quand elle avait quelque chose en tête… (un nouvel épisode pour vous faire patienter... je ramènerai des nouvelles fraîches de Munich ce weekend) September 23 Episode IIEpisode II Diamonds are forever (Shirley Bassey)
Diamonds are forever,
J’avais fini par sortir de ma voiture, l’habitacle étant devenu trop étroit pour mes doutes et moi-même. J’étais sorti en claquant violemment la porte de ma caisse, comme si essayer de me mettre en colère contre moi règlerait d’un coup mes problèmes. J’avais marché lentement sur les trente mètres qui me séparaient de sa maison. J’avais remonté l’allée, comme je l’avais fait plusieurs fois, auparavant. J’avais frappé timidement à la porte en espérant presque que personne n’entende. C’était son père qui avait ouvert :
« Salut mon grand ! Qu’est-ce que tu viens faire là ? Ca va ? »
Quand je disais que son père était sympa. Mais ça ne m’empêchait pas de me sentir comme un adolescent terrorisé par son premier rencard avec une fille trop bien pour lui. C’était même pire, il n’y avait pas de rencard, j’étais là à l’improviste et je ne lui avais plus parlé depuis trois ans, quatre ans peut-être. Après ce soir, on finirait certainement par ne plus se parler du tout. C’était un risque que mon attitude stupidement téméraire m’avait désormais contraint à prendre.
« Je voulais voir Eloïse… »
Elle était déjà là, derrière son père, au moment même où j’avais prononcé son prénom. Elle était apparue comme une ombre, furtivement, sans bruit. Son père s’était éclipsé dans le salon, comme si tout cela n’était qu’une pièce jouée d’avance, qu’il ne faisait que répéter les déplacements qu’un metteur en scène zélé lui avait demandé d’exécuter à la lettre. Cela amenait tout naturellement Eloïse au premier plan. L’heure de la confrontation, du tête à tête devait avoir lieu.
Je ne savais pas par où commencer. Ma peur avait paralysé tout mon esprit, et je n’avais même pas imaginé ne serait-ce qu’un début de discours, moi qui suis souvent si appliqué à convaincre les gens, à tord ou à raison, que j’ai justement raison. Mais la raison n’avait vraiment rien à foutre là-dedans, c’était bien pour ça que j’étais particulièrement désemparé devant cette situation. Que j’avais moi-même engendré. Quel con.
Je voyais déjà ses sourcils
froncer au-dessus de ses yeux verts interrogateurs. Je sentais déjà le vent de
la défaite souffler. Mais elle portait toujours le minuscule diamant que je lui
avais offert, en haut de l’oreille. Alors j’avais décidé de m’accrocher à ce
petit diamant, à mon dernier espoir. (La suite la semaine prochaine...) September 14 Episode I
Auf Asche (Franz Ferdinand)
You see her, you can’t touch her You ear her, you can’t hold her You want her, you can’t have her You want to, but she won’t let you
She’s not so special so, look what you’ve done, boy (x2) She’s not so special so, look what you’ve done
Now you wish she'd never come back here again
You see her, you can’t touch her You ear her, you can’t hold her You want her, you can’t have her You want to, but she won’t let you
You see her, you can’t touch her You ear her, you can’t hold her You want her, you can’t have her You want to, but she won’t let you
She’s not so special so, look what you’ve done, boy (x2) She’s not so special so, look what you’ve done
Je ne savais pas pourquoi j’avais cette chanson de Franz Ferdinand dans la tête. Je ne savais pas pourquoi ça n’allait pas ce soir. Je n’avais envie de rien, je me traînais lamentablement dans la maison, avec cette mélodie lancinante dans la tête. En fait si j’avais envie d’elle. Il ne m’aurait pas fallu grand-chose, elle n’habitait qu’à 1 km de chez moi, j’aurais même pu y aller à pied. C’était peut-être pour ça que tout avait commencé, cet amour adolescent si simple. Maintenant il n’en reste que des cendres, les mêmes cendres qui font le titre de cette chanson, Auf Asche. Je me voyais mal ressusciter une veille histoire, vieille de plusieurs années, enfouie sous la poussière et les cendres, avec pour seules braises susceptibles de la ranimer, mon ennui et ma solitude, et surtout, le souvenir impérissable d’une année magnifique.
J’avais pris ma voiture en début de soirée, jusque chez elle. Peut-être qu’elle ne serait pas là, après tout. J’avais toujours cette confiance naïve que tout se passerait suivant le petit film qui se tournait dans mon esprit. Au moins je connaissais bien son père, ça m’épargnerais au moins un peu de gêne, du genre « mais qui êtes-vous jeune homme pour frapper à ma porte à cette heure ? » Son père avait toujours été sympa avec moi, de toute façon.
Il y avait de la lumière. Il y avait au moins quelqu’un chez elle. Je garais ma voiture sur le bas côté, à une trentaine de mètre de chez eux. Je n’arrivais pas à me résoudre à frapper à leur porte. Je ne me connais pas ce genre de courage. C’est idiot de dire ça, mais c’est vrai. J’imaginais mille raisons, mille excuses pathétiques pour m’éviter de prendre un risque. Eviter de prendre des risques, cela résume presque toute ma vie. Et puis je l’aperçus regardant par la fenêtre. Elle avait sûrement vu ma voiture. Elle m’avait sûrement reconnu. C’était le moment de sortir de ma voiture ou de disparaître de sa vie à jamais…
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