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June 29 Portrait 6 - un dîner seulIl y a ces soirs où l'on dîne seul dans un hôtel de province, attablé à côté de la fenêtre parce qu'on espère voir dehors un peu d'activité. La salle est déserte, à part un ou deux couples de retraités en visite. Pas de tablées d'Anglais bruyant, pas de Japonais vous demandant de les prendre en photo. Je suppose qu'on ne choisit pas toujours ses déplacements. Disons que mon agent m'a condamné à faire des dédicaces dans les librairies de petites villes, alors que je rêve d'international. Mais je suppose que c'est mieux que rien. Les yeux dans mon menu je ne la vois même pas arrivé. Ni elle, ni son sourire. Son badge me dit qu'elle s'appelle Cécile. Comme quoi l'impersonnalité des grandes chaînes d'hôtel n'a pas été poussé jusqu'à nous cacher le prénom de leur plus jolie serveuse. Tout dans ses gestes indique l'inexpérience, mais de toute façon, mes yeux n'ont pas lâché son sourire. J'observe ses allers et venues pendant mon repas. Finalement la distraction est dans la salle et pas dehors. Le temps est à l'orage mais l'orage n'éclate pas, comme s'il attendait la fin du service de Cécile, pour ne pas tout gâcher, pour ne pas couvrir sa voix douce lorsqu'elle me demande si je veux un dessert. Malheureusement je refuse et demande juste un café. Je file en vitesse avant que l'orage ne me rattrape, avant que le sourire de Cécile ne me fasse regretter ce dessert que je n'ai pas pris. Je dédicacerai peut-être quelques livres ce soir à la fnac du coin, mais je ne suis pas sûr que ça vaille un sourire... June 27 Un grand classique Midi, je débarque sur Lyon. Pile à l'heure pour déjeuner avec Etienne. Ça fait un bout de temps que je n'ai pas vu Etienne, et il a pas mal de truc à me raconter, notamment à propos de son nouveau boulot. En tout cas le moral est bon. Ensuite c'est parti pour un bon foot, avec les habitués. Romain et Vincent sont là, tout comme Seb et Pierre, et même Laurent, le frère de Pierre. 2h de jeu, et malheureusement une entorse pour Etienne. Nous continuons par une petite coinche chez Etienne, et enfin un petit tour au Super U pré-apéro. Dîner chez Pierre, Seb cuisine. Un petit rosé pour faire passer le tout et quelques pastis pour bien commencé la soirée. La soirée passe tranquillement, nous commentons le catch sur le nouvel ecran géant de Pierre et c'est vrai que ça nous fait bien marrer. Et puis l'heure passant tellement vite, nous nous précipitons hors de l'appartement, parce que (malheureusement) les bar ferme de plus en plus tôt. Plus la peine de chercher un truc ouvert après 1h du mat' rue Sainte Catherine. Au Shamrock ça ne rentre pas trop, mais nous rentrons sans problème. Suffit d'être connus. Et c'est parti pour des tournée de Pastis, puisqu'apparemment c'est le thème de la soirée. Nous regardons les mecs en galère se démener pour tenter de ramener une belle à la maison. Une belle pas toujours si belle lorsque les lumières se rallument. C'est le moment pour nous de partir, le bar se vide. Il est encore tôt, alors on s'arrête à nouveau chez Pierre, pour un dernier verre (de pastis!), et puis nous rentrons. Encore une bonne soirée, que du classique, mais c'est encore les vieilles recettes qui sont les meilleures. June 17 Le kiwi, part 16Pour tous ceux qui aiment les courses poursuites, pour tous ceux qui ont l'impression de courir après leur propre vie... un nouvel épisode du kiwi! Au milieu du brouillard de mes pensées, cette phrase avait fait l’effet d’une lumière crue et froide. J’inondais alors Adrien de questions, pourquoi ? Comment ? Il me révéla qu’elle avait été embauchée sur le tournage d’un film. Cette fille ne cessera jamais de me surprendre. Elle logeait chez une copine, Mélanie, sur Paris. Je repartais avec l’adresse de Mélanie, et je prenais la direction de la gare. Je n’avais toujours pas mangé ma pizza…
Quand on se lance dans une sorte de course poursuite après l’être aimée, on se sent envahi d’une sorte de force, d’un sentiment d’invincibilité indicible. On se galvanise de tous ces happy ending de comédie sentimentale Hugh Grant-esque, de ces retrouvailles à la dernière minute, de ces baisers sous la pluie, de ces « je ne te laisserai plus partir ». Mais tout ça, c’est bon pour les midinettes de supermarché et les fabricants de mouchoirs. Dans la vraie vie, ça ne marche jamais comme ça.
Ça commence par un contrôle d’identité en pleine rue, la BAC qui fait du zèle, comme ça pour rien. Pour te faire chier. Parce qu’il ne te contrôle que le jour où tu cours après l’amour de ta vie, parce que tu ne peux pas leur expliquer ça simplement, ils serraient capables de te prendre pour un proxénète. Allez trouver du romantisme à la matraque. Tu les quittes en courant, mais pas trop pour ne pas avoir l’air suspect, ne pas tenter le diable du poursuiveur poursuivi, et tu arrives au guichet de la gare. Et là tu attends, tu attends, tu en viendrais même par prendre le train pour Genève avec la fille de devant tellement elle est jolie, et que râler ensemble dans une file d’attente, ça crée des liens. Et puis c’est ton tour, Genève n’a été qu’un autre mirage de ta soirée, et là on t’annonce qu’il n’y a plus de place pour Paris ce soir, qu’il faudra attendre demain matin. Tu ne discutes même pas, tu rentre chez toi avec ton billet pour le lendemain matin, tu prépares un sac de sport rempli de truc que tu imagines utile dans la poursuite d’un kiwi. Mais finalement, tu n’en as aucune idée. Tu te couches, tu ne dors pas, tu attends simplement cinq heure et demi du matin. Et tu vas prendre ton train.
Je n’avais déjà plus le même allant qu’hier, il y avait un peu de résignation et de tristesse dans mon regard. Comme un mauvais pressentiment.
Paris,
le temps presse, direction le XVe arrondissement. Je parviens chez Mélanie à
l’interphone de laquelle je bafouille quelque chose d’incompréhensible. Mais la
porte s’ouvre pourtant et je pense enfin toucher au but. Après quatre étages
d’un escalier typiquement parisien, je frappe à la porte et Mélanie m’ouvre. Je
lis déjà dans ses yeux qu’elle va me dire que ma quête a été vaine. Et c’est
presque ça. Finalement l’équipe du tournage part sur un autre vol, plus tôt.
Elle m’écrit l’horaire « VOL AF 0022 BANGKOK, Roissy Charles De
Gaulle ». Quand elle me tend le petit post-it jaune, je sens l’ironie du
sort. June 15 Quand l'esprit de Brême d'ébarque chez moi Lundi soir de la semaine dernière. une semaine comme les autres qui débute, une journée ni bonne, ni mauvaise. Un lundi, quoi. Et puis un mail. Comme quoi il ne suffit que d'un mail pour que tout bascule. Camille me demande si je suis chez moi cette semaine, si elle peut débarquer. Je réponds par l'affirmative. 20 minutes, plus tard, elle m'envoie les détails de son vol. Elle arrive mercredi soir et repart samedi matin. J'aurai préféré qu'elle reste le weekend, mais bon, ce n'est déjà pas mal. Mercredi, Camille arrive donc à Grenoble, et elle ne vient pas les mains vides. D'abord, il y a une choppe estampillée Beck's, la bière de Brême. Ensuite, il y a ça : Et oui c'est ça la Brême attitude, on achète des bouteilles gonflable géantes, on trouve ça fun et inutile, et c'est bien ça l'essentiel! Pour le reste, resto japonais (super accueil, Camille m'a lâchement laissé son verre de Saké), dernier spectacle de Gad Elmaleh en DVD, et bien sûr, un débriefing football de toute la saison. Camille ne cache pas sa joie après le titre de Brodeaux, et on se dit qu'on serait aussi bien sur RMC info, qu'on raconterait surement moins de conneries que les mecs à la radio, et qu'en plus, être payé pour parler de foot, c'est le pied. Mais bon nous laissons là nos espoir radiophonique, nous sommes déjà samedi et Camille repars en terre teutonne... Pour moi, après une triple ration de café, il est temps d'aller faire un peu de shopping... June 06 Quand Gaëlle recrute Jeudi, e-mail de Gaëlle pour me dire que le tournoi de foot du c*e*a* a lieu ce samedi, et que son labo recrute. Comment se fait-il que je ne sois pas au courant de ce tournoi??? On ne peut pas dire que le foot soit le loisir favori de mes collègues. Après tout , ce n'est pas si étonnant que je n'en ai pas entendu parler. Mais aller regarder un tournoi de foot sans participer, ça ne me botte pas plus que ça. Vendredi, SMS de Gaëlle qui persiste, cette fois-ci pour un recrutement express d'un joueur supplémentaire. Nous déjeunons ensemble et elle finit par me convaincre. J'ai tellement envie de jouer au foot qu'elle n'a pas trop à s'employer. Et elle me répète à loisir que tous ces collègues sont très sympa. Je jouerai donc avec l'équipe d'un autre labo. Après tout, c'est la période des transferts non??? Samedi, 8h30, je suis sur place, à la recherche d'une équipe que je connais à peine, tout juste si j'ai aperçu un joueur ou deux au resto le vendredi midi. Je finis par retrouver mon équipe (le maillot rose flashy ça aide). Gaëlle n'est pas encore là (elle s'est perdue). Mais si elle est en retard, elle n'a pas menti sur ces collègues qui sont bien cool. Côté sportif, et malgré nos trois pompom girls surmotivées, c'est moins reluisant. 2 victoires sur 7 match, avec une défaite rageante aux tirs au but en match de barrage. Finalement, une très modeste 44e place sur 48 équipe. Je me console avec mes deux buts (c'est toujours bon de retrouver le chemin des filets), et avec des sensations retrouvés. Et surtout la promesse de jouer de façon régulière avec ceux qui ont bien voulu m'accueillir dans leur équipe. Un mot pour finir : merci Gaëlle. June 02 Le Kiwi, part 15 Et oui c'est le retour du kiwi, plus juteux et sucré que jamais. Alors en vrac, un ex qui fait son come-back, un ami mécontent et un départ précipité. En espérant que tout cela vous secoue. Comme un kiwi dans un shaker. En espérant que le cocktail vous plaise. Eva avait des grands yeux noirs de poupée maquillée, de longs cheveux noirs de Pocahontas, la peau très blanche et les lèvres rouges. Avec ses mini jupes et son regard qui cherche protection, elle aurait pu avoir n’importe qui, qui ne lui aurait pas parlé. Je me suis souvent demandé avant notre rupture si sont esprit s’échappait par ses cheveux, et s’il aurait été plus noir encore sans cette échappée soyeuse. Eva, mon amie, m’avait fait partagé son regard désabusé sur les gens et notre société, sans amour pour l’homme tel qu’il est devenu, son grand intérêt pour l’humanité cependant, les cauchemars des peintres contemporains et l’exorcisme du moyen-âge. Eva, la poupée, m’avait séduit d’abriter tant de bile concentrée sous une surface lisse et calme. Eva, mon aimée, avait fait de moi sa poupée vaudou jusqu’à se que je me débatte et m’échappe. On met longtemps à cicatriser d’une torture amoureuse. Eva était redevenue mon amie, et prenait garde à présent de ne plus jouer (à) la poupée. Elle accueillit à grand renfort de questions le conte de mes dernières soirées arrosées et conquérantes. Elle voulait savoir qui, comment. Elle voulait savoir si j’étais heureux. A force d’insistance et d’enjouement à me voir joyeux elle finit par percer la fine carapace. Elle m’entendit me fissurer. « Tu n’en as encore cueillie aucune qui puisse faire ton bonheur n’est-ce pas ? ». Je ne voulais pas mentionner Perrine. Je savais trop bien que mon kiwi était le type même de jeune fille dont Eva rêvait désormais pour moi. Se considérant comme l’exacerbation de mes petits désordres amoureux, elle veillait à distance à ce que je ne réitère pas l’erreur qu’elle considérait avoir été. Je ne voulais pas lui donner une raison de plus de ne pas croire en l’homme.
Adrien m’attendait de pied ferme chez lui ce soir-là, d’ailleurs, il n’avait même pas encore commandé les pizzas. C’était un signe, j’étais plus là pour me faire passer un savon, plutôt que pour dîner. Je ne l’avais que rarement vu avec de tels yeux noirs. Adrien avait pour habitude de ne jamais s’énerver, de garder son calme en toute situation. J’avais vraiment du faire quelque chose de grave hier soir…
« - Mais qu’est-ce qui t’arrives ??? - … - Me regarde pas comme ça, tu sais très bien ce qu’il y a ! - Calme-toi tu veux ? Explique-moi ce qui te met dans tous tes états. - Mais c’est ton comportement d’hier soir ! - ??? - T’as pensé à Perrine ? Moi je fais des pieds et des mains pour te présenter mes copines et toi tu la traites comme n’importe quelle fille ! »
Je laissais mon ami s’époumoner. Je savais que la tempête finirait bien par passer. La normale voulait que ce soit moi le plus gueulard des deux. En tout cas le front pro-Perrine ne cessait de s’élargir. Alors je lui racontais tout depuis notre dernière discussion, comment notre relation avait « gelé » sur place, comment finalement nous en étions venu à nous voir comme deux étrangers, alors que j’avais toujours en tête cette merveilleuse nuit passée avec elle. Je lui avais expliqué comment j’avais noyé mon chagrin dans les conquêtes d’un soir, comment j’avais essayé de reprendre ma vie d’avant. Mais au fond je savais bien que je n’arriverais pas à l’oublier. Perrine restait telle une permanence rétinienne, et son image se superposait à toutes celles des filles que je pouvais bien draguer. Et toutes ces filles me paraissaient sans saveur. Alors que mon kiwi…
« Elle part dans deux jours pour Bangkok, elle ne savait pas si elle devait t’appeler ou pas, je n’ai pas su quoi lui dire. » |
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