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    April 24

    Je t’attendais


    C’était la fin de l’après-midi. Le soleil, en se rapprochant dangereusement de l’horizon, étendait mon ombre sur les pavés, comme un double maléfique. J’avais dans la poche ta dernière lettre, que je caressais du bout des doigts, parchemin magique, fine écriture à l’encre de chine qui me reliait à toi. Je n’avais pas besoin de la relire, je la connaissais par chœur désormais. J’avais juste besoin de toucher le papier vélin pour me dire que tu allais finalement te montrer.

     

    Une légère brise s’est levée à mesure que le soir prenait irrémédiablement le pas sur l’après-midi, et la noirceur m’envelopperait bientôt tout entier, mon corps et mon âme. Mais avant que la pénombre ne l’emporte, je voulais un triomphe, une résistance glorieuse, un sourire de ta part comme une dernière lueur, avant que la nuit ne nous fasse disparaître.

     

    D’impatience, je tournais en rond, en carré, en triangle. Je révisais ma géométrie sur ces petits pavés. Je marchais sur la pointe des pieds pour ne pas marcher sur leur jointure ; oui je fais partie de ces gens atteints de cette pathologie, qui ne peuvent pas marcher sur la jointure des pavés. Il paraît que cela porte même un nom, mais peu importe les mots après tout. J’avais une missive qui en était pleine dans ma poche, des mots jusqu’à l’écœurement, et ça ne te faisait pas venir pour autant.

     

    J’ai fini par perdre mon énergie, par rester sur place. Par me résoudre à disparaître avec le jour. Mes doigts, instruments de destruction, déchiraient ta lettre, toujours entreposée dans la poche de ma veste. J’ai fini par m’enfuir. Ne dit-on pas battre le pavé ? J’avais besoin d’une telle violence, j’avais besoin de cette détermination brutale pour m’arracher au lieu de notre hypothétique rendez-vous.

     

    Au fur et à mesure que mes pas m’éloignaient de ce lieu maudit, d’attente vaine, ma main gauche dispersait le contenu de ma poche, et laissait derrière moi une trace que la brise aurait tôt fait de disperser. Je balisais pourtant ma fuite, comme si tout était encore possible, comme si tu pouvais sortir de l’ombre et me rattraper ; comme s’il restait un espoir…

    April 21

    Les déménageurs bretons

    Lydia, la technicienne de mon labo, avait recruté du monde pour son déménagement, à grand renfort de promesse de barbecue et d'apéro. Gülay, Greg et moi buvions donc un café sur le balcon de son futur ex-apartement,  à Bourgouin. Il est 9h30, et c'est assez matinal pour un samedi matin, mais ça aurait pu être pire. Ascenceur, diable et des bras forts, mon dos ne sera pas trop sollicité. Et puis il n'y a pas tant de truc que ça à déménager: ça ira vite.

    Deux aller retour en camion plus tard, nous voici 10 dans la nouvelle maison de Lydia, et chose promise, chose due, nous inaugurons la nouvelle maison avec un barbecue. Une petite bière bien méritée aussi. Et la sensation agréable d'avoir donné un bon coup de main. Je sais ce que c'est de déménager tout seul. Ca laisse des traces et c'est douloureux. Alors si on peut aider.

    Vous savez pourquoi on parle toujours des déménageurs bretons maintenant...
    April 19

    Pool night

    Il pleut, le football ukrainien est impitoyable et je dois abandonner mes rêves de demi-finales. J'avais dit que je ne sortirai pas ce soir, mais les résolutions sont faites pour être transgressées. La pluie, dehors, s'est calmée. C'est probablement un signe. J'enfile une veste. C'est parti.

    Je rejoins Marco, Justin, et un groupe d'anglo-saxons non-identifiés. Une bière et quelques parties de billards. Voilà qui me remontera sûrement le moral. Dès mon arrivée, Marco commente le score du match. Je réplique aussitôr : "I don't want to talk about this match...". Pendant ce temps, Marseille ne fait pas mieux que les parisiens, mais ça ne me console pas pour autant. La défaite semble cependant améliorer mon niveau de jeu. Et la chance de Marco n'y fait rien. Greg nous rejoint et les parties s'enchaînent. La soirée passe agréablement, Dave me raconte dans un français parfait les altercations musclées entre ses collocataires, sa recherche d'emploi et ses galères.

    Nous quittons finalement le SunValley et Marco et Justin désertent. Nous restons à quatre, et finissons tranquilement au Family's cette soirée. Une Erdinger pour finir, et finalement, malgré les déceptions footbalistiques, j'ai tout de même passé une bonne soirée.
    April 14

    Le Kiwi, part 14

    Il y a des soirs comme ça, où rien ne va. Il y a ceux où on se morfond au fond de son lit en pensant à ce qu'on aurait dû faire, et il y a ces soirs où on a envie de conquérir le monde. Pour tous ces soirs-là, et les autres, lisez l'épisode 14 du Kiwi, et allez donc boire un verre ensuite...


    Je n’avais pas osé poser de question. Elle m’affichait une mine qui reflétait suffisamment mon échec sentimental pour que je souhaite en prime me confronter à l’explication. Contrit, je lui ouvrais la porte et laissais l’oiseau s’enfuir de ma cage où je n’avais pas su la rendre aussi heureuse qu’un film sur la misère sociétale de nos amis anglo-saxons.

    Une fois seul, de nouveau, dans mon antre, je regardais les bulles s’échapper de la bouteille de Perrier comme si mon bonheur éclatait à l’air libre. J’allais encore finir la soirée comme un con. Je refermais la bouteille pour la remettre au frais. Au dos de l’étiquette, une pinup me faisait les yeux doux. Brave égérie tentatrice et débaucheuse qui venait de me donner l’envie d’aller en boîte chercher ma pinup à moi. Comme quoi une bouteille peut vous requinquer d’un clin d’œil.

     

    Je me changeais vite fait, et paré de mes plus beaux habits de beau gosse, j’allais chercher fortune dans le club à la porte la plus noire que je trouvais. Je chercher les bulles au bar, espérant que la pinup suivrait comme à la maison. De là, je pouvais aisément observer les groupes mouvants de jeunes femmes peu accompagnées dansant en tir regroupé et s’entre chaperonnant jalousement. Mon œil était plus attiré par les podiums où peut-être les bulles éclataient plus vite. Assez observé, je me lançais pour retourner la bouteille.

     

    La soirée fut à la hauteur de mes espérances, je fus certainement plus chanceux que jamais et rencontrais de délicieuses jeunes filles enclines à me faire passer du bon temps. Je rentrais insouciant et pétillant chez moi, bien décidé à renouveler l’expérience. Les quinze jours qui suivirent, j’enchainais les soirées et les conquêtes d’une nuit avec facilité et détachement. Je décidais d’emmener mon copain Adrien la prochaine fois, lui expliquait le merveilleux déclic du Perrier et lui promettait de bien s’amuser. Hélas à force de ne pas le chercher sur la piste et de me laisser détourner vers d’autres compagnies, je perdais vite Adrien des yeux. Je lui téléphonais le jour d’après pour m’assurer que lui aussi avait passé une bonne soirée. Le combiné coincé entre l’épaule et l’oreille, j’aérais ma chambre pendant que ça sonnait :

    «  Qu’est-ce que tu fous ?

    -          Ben j’aère ma chambre, qu’est-ce que tu veux dire,

    -          Oui ben aère bien mon gars, et essaie de retrouver tes esprits parmi tout l’air que tu brasses. Il faut que je te parle, vient diner chez moi ce soir. »

     

    J’étais perplexe. La soirée avait du être mauvaise de son côté, peut être avait-il été moins chanceux que moi. Le debrief de la soirée étant programmé pour ce soir, je ne m’appesantissais pas d’avantage sur ce bref appel. D’humeur joyeuse, je décidais de donner des nouvelles à ma chère ex.  Dernière du nom.

    April 11

    Lab Night

    La soirée avait bien commencé, j'avais été courir, il faisait beau, il faisait chaud. Une bière fraîche en terrasse. Beaucoup de monde est venu à l'apéro.

    Et puis tout s'accélère. L'effectif diminue mais la motivation, elle, augmente avec les verres qui s'enchaînent. Anne me repaie une bière. Les conversations ne se taisent pas, mais le bar ferme. Nous restons à 8, direction un bar du centre ville. Anne continue sur sa lancée. Greg est en forme, Marco, lui nous abandonne quand nous changeons encore d'endroit.

    Direction le vieux manoir pour finir en beauté, clubbé jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à tout oublier. Les demoiselles n'évitent pas les dragueurs relous, mais nous faisons tous ce qui est en notre possible pour leur éviter les désagréments d'un prétendant éconduit un peu trop insistant. Je passe au gin parce qu'il est bien trop tard pour la bière.

    La musique n'est pas trop mal. Nous ne sommes plus que quatre mais qu'importe. Une soirée mémorable...