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    October 29

    Le Kiwi, part 19

    Le kiwi, ça s'exporte! La preuve cette semaine...


    Quelques jours plus tard me voici également embarqué vers l’étranger. Bon, Londres ce n’est pas la Thaïlande. Un petit bout de mer nous sépare seulement de nos amis bretons. Je quitte Paris en Eurostar et sors du tunnel sous un ciel gris caractéristique. Curieusement pourtant l’éloignement de mon quotidien semble me rapprocher de mon kiwi. Arrivé tôt à Saint-Pancras j’enchaîne directement sur le boulot en bon petit mouton travailleur. Je suis le flot ininterrompu de costards gris-cravate rouge-chemise blanche en me demandant, face à l’uniformité de l’uniforme de travail, qui achète les chemises à rayures disposées en devanture des magasins devant lesquels je passe.

    La journée au siège passe curieusement vite, sans pause, à peine le temps de descendre juste devant le building pour acheter un sandwich. Mais sur le coup de 17h tout le monde commence déjà à plier bagage. Mes collègues ne se font pas prier et me proposent de continuer l’après-midi – il fait nuit depuis une bonne heure déjà – dans un pub.

     

    Nous sortons donc en troupe, masculine, pour nous réfugier trois mètres plus loin. C’est un pub sympa ? Ai-je la naïveté de demander. Ce n’est pas la question apparemment, il est prêt et propose de la bière. Cela suffit. Je m’essaie donc aux spécialités tièdes, amères ou sans bulles locales. C’est assez mauvais mais, en suivant la cadence de mes collègues londoniens et avec le sandwich aux pickles déjà bien loin dans l’estomac, j’oublie vite le goût de ce que j’avale. La conversation est tout sauf professionnelle, alternant les blagues grivoises et machistes aux questions sur la France (disons plutôt, les françaises) et discussions bien plus intimes. Qui aurait cru que ce peuple connu pour son flegme et sa politesse, pose ainsi sans vergogne des questions personnelles et embarrassantes à un quasi inconnu ? Quand je renvois l’ascenseur cependant, on reste dans le vague avec une habileté de langue à faire pâlir d’envie tout politicien.

    Toujours est-il que la discussion de comptoir s’enclenche irrémédiablement sur mon histoire de kiwi – après nombres d’explications maladroites de la métaphore à mes collègues qui pensaient que j’aimais une néo-zélandaise et ne comprenaient pas son départ à Bangkok. Un point commun au moins. La discussion ne faiblit pas, forte des inévitables yakafokon de ces bretons qui hésitent à déménager de quartier et me disent de prendre le premier vol pour Bangkok. Could be good fun. Indeed. N’empêche, après le good fun d’y aller, que me resterait-il ? Un beau chômage sans espérer gagner le cœur de la belle. C’est là que je fais mon grand français et fait bien rire mes voisins libéraux. Good fun ça veut dire y aller, voir la belle, faire le plein de kiwi et revenir à ma routine comme si de rien était. La France est pleine de françaises qui ne demande qu’à se faire sauter. Rire gras. Je ris jaune. Je rentre en France dans deux jours. Je ne sais pas s’ils me proposeront de nouveau de sortir, j’ai peur d’être très occupé les prochains soirs.

     

    Je rentre à l’hôtel dépité. Je m’apprête à faire mes devoirs pour Eva. Une belle soirée glauque à raconter. Mais mon estomac uniquement plein de reste de vinaigre et de liquide malté me tourmente. Ce sera pour une autre fois.  Les autres soirs, mes collègues lèvent également le camp assez tôt en me disant simplement au revoir. Il semble que j’aie participé au seul soir dédié à la sociabilisation de la semaine. Mon estomac et mon moral en sont ravis. J’en profite pour faire des tours dans la ville et observer les anglais. Ou plutôt les londoniens, tant les visages fromage blanc que l’on voit sur nos plages se faire cramer consciencieusement sont rares dans les rues métissés. Ca parle français, italien, indien… et avant tout un anglais international improbable. Et si j’allais là bas juste pour me sevrer ? Peut-être que si je croisais Perrine ici, à Covent Garden, je ne la remarquerais même pas.  Peut-être que c’est Lyon ma ville de kiwi. Mon kiwitier. Pas Bangkok. Peut-être que si j’y allais, je verrais que c’est être avec Perrine à Lyon que je veux, pas à Bangkok. Et donc que ce n’est pas Perrine que je veux ; mais un kiwi avec qui partager ma vie à Lyon.

     

    Je rentrais à l’hôtel ravi de ma trouvaille. Je m’endormais en rêvant de moi et Perrine à Bangkok.

    October 25

    La playlist du dimanche #4

    C'est le retour de la playlist du dimanche. Ne me demandez pas pourquoi, il n'y a pas de raison précise. Bon je ne vous la fait pas sur deezer, parce que les accord avec les majors semble avoir limité le contenu du site. Enfin bref... Pas de thème précis, juste une playlist variée, avec du neuf et du moins neuf. Mais parfois, ça fait du bien de réviser ses classiques. Bonne soirée.

    BB King "Ain't Nobody Home"
    Radiohead "Bulletproof I Wish I Was"
    Radiohead "I Can't"
    Dionysos "Petit Colorado"
    Rhesus "Talk Talk Talk"
    The Cardigans "I Need  Some Fine Wine And You, You Need To Be Nicer
    Nirvana "Oh Me"
    Arctic Monkeys "Cigarette Smoking"
    Asobi Seksu "Thursday"
    Aventura "Gone"
    Beirut "Nantes"
    Blur "On The Way To The Club"
    Gorillaz "Every Planet We Reach Is Dead"
    Coldplay "High Speed"
    Damien Rice "Amie"
    The DØ "Song For Lovers"
    Hot Chip "Look After Me"
    Maria Andrade "Comme S'il En Pleuvait"
    Oasis "Stand By Me"
    Glen Hansard "When Your Mind's Made Up"


    October 17

    Le Kiwi, part 18

    Parfois, on a beau s'acharner, on y arrive pas. Le kiwi, lointain, exotique, inatteignable...


    Eva me sauva par son coup de fil.

    « Qu’as-tu fait aujourd’hui ? dit l’ingénue

    -          Ben rien justement.

    -          Intéressant. Et à part ça qu’est-ce que tu racontes ? »

    Alors je lui racontais Perrine, le départ, le train, la lettre, l’effet du deuxième café et la réflexion stérile de laquelle elle venait de m’extirper. Ma chère Eva me souffla de faire ce que j’allais lui écrire, de faire de ma vie une expérience que je serais heureux de lui envoyer par lettre. Super, mais c’est quoi une vie que j’aurais voulu lui raconter, que j’aurais voulu qu’elle lise dans sa chambre d’hôtel étouffée d’une chaleur humide ? J’avais rendez-vous le lendemain soir pour relater à Eva mon premier jour de vie à raconter par lettre. Je devais choisir ce que je voulais faire de ma vie pour demain soir. Choix soumis à validation par mon ex avant envoi par la Poste. Je lorgnais sur mon tas de gribouillis en m’en voulant que c’eût n’ait pas fait l’affaire.

     

    Mais on ne change pas sa vie banale en expérience de vie unique, en road movie passionnant pour l’être aimée, si loin, qui elle, ne nous aime peut-être déjà plus. Mais je m’accroche à ma tasse de Moka d’Ethiopie, en me disant qu’il ne tient qu’à nous-mêmes de faire quelque chose de nos vies. De ma vie. Alors je fais mille petites choses insignifiantes, en espérant qu’ensemble elles finissent par vouloir dire quelque chose. Je vais donc au boulot avec ma caméra DV Sony, je filme mon trajet, je parle avec des gens que je vois chaque matin mais à qui je n’ai jamais dit bonjour. Je leur demande ce qu’ils écriraient dans une lettre d’amour, je leur demande ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. Au boulot, je demande à mon chef s’il a déjà été en Thaïlande, s’il connaît Bangkok, et à mon grand étonnement, il me raconte un voyage qu’il a fait avec sa femme il y a deux ans, me montre des photos de son séjour sur son ordi, me fait une liste exhaustive et non moins rébarbative des vaccinations nécessaires. Midi arrive, j’ai perdu une matinée de travail, mais j’ai appris des choses, compilé des informations, j’ai des choses à raconter. Le midi, je me renseigne sur la culture du café en Ethiopie, pour savoir comment l’agriculture de ce pays soutien ma quête de kiwi. L’après-midi, je me mets enfin au boulot, plus léger. Et puis finalement, je dégaine à nouveau ma caméra sur le chemin du retour, et quand je rentre chez moi, Eva attends au pied de l’immeuble. Toujours cette même question sur les lèvres :

     

    « Qu’as-tu fait aujourd’hui ? »

     

    Je la fait monter, je lui raconte, je lui montre des extraits de mon shooting vidéo. Elle fait la moue. Alors je m’énerve, je lui dis que ce n’est pas si facile que ça, qu’il faut bien que je gagne ma vie, et que je n’ai pas que ça à faire, de partir à la cueillette au kiwi. Elle ne semble même pas affectée par mon ton ; elle en a vu d’autres, des engueulades avec moi. Elle se contente juste d’un : « il faudra quand même être meilleur que ça, Roméo ». Je lui montre la porte et elle ne fait pas de détails pour s’en aller. Je claque la porte derrière elle, et puis je saisis un grand couteau. Je tranche dans le vif, un kiwi qui passait par là, innocent, et je l’évide froidement à la petite cuillère. Comme si ça pouvait être une thérapie. Je regarde à nouveau les images filmées aujourd’hui, et j’ai cette même impression qu’en relisant ma lettre écrite dans le train, que ce n’est pas encore cela que je dois envoyer à Perrine.

     

    Je passe ma nuit à monter mes bouts de vidéo, comme un clip, et je les colle sur un son de Radiohead. Le tout gravé sur un mini CD, avec un petit post it jaune disant :

     

    « Peut-être que vu de Bangkok, tout cela aura plus de sens »

     

    Je glisse le tout dans une enveloppe, que je confie à FedEx. En arrivant au boulot, mon patron m’annonce que je dois partir à Londres quelques jours. Apparemment, ils ont besoin de moi au siège, pour je ne sais trop quel problème. En fait je n’écoute pas vraiment ses explications. La seule chose qui me traverse l’esprit, c’est que j’aurais préféré qu’ils m’envoient à Bangkok.

     

    October 11

    Cocktail-Tram

    Je ne me lasse pas d'écrire sur ses photos. Dernière collaboration entre elle et moi : Cocktail Tram

    Arrivée en Normandie / PACS d'Aline

    Vendredi matin, TGV Grenoble Paris. Mon voisin ronfle comme une tronçonneuse, et cela semble énerver la plupart des passagers du wagon. Moi, je m'en fous, d'abord parce que je rentre chez moi, que je vais revoir mes potes et ma famille, et que mon état de fatigue avancé m'empêche d'être réellement véhément. Le jeudi soir a été festif à souhait, et je n'ai regagné mes pénates qu'à 3h du matin. Il a fallu une fois de plus enterrer la vie de garçon de Mickaël, qu'on ne semble pas finir d'enterrer. Heureusement il se marie le samedi qui suit. Ca fera déjà cela de moins à fêter par la suite.

    Quand j'arrive à Paris, il pleut et la température est bien automnal. Mais j'ai tout de même le sourire. De toute façon, la pluie est mon alliée depuis des années. Quand j'arrive en Normandie une heure plus tard, le ciel est clair, le soleil brille et le fond de l'air est à peine frais. Avec un peu de chance, ça tiendra tout le weekend, rien de pire qu'assister à un mariage sous la pluie.

    Samedi, I suited up, comme dirait Barney, puisque c'est le PACS d'Aline, en grande pompe à la mairie, et qu'en plus je suis le témoin. Faut représenter, comme dirait l'autre. La température est surprenemment estivale, et ma veste de costume commence à me tenir chaud. Je retrouve quelques amis et connaissance parmi les invités, je discute avec Anne que je n'ai pas vu depuis le bac, avec Sherif et Nathalie, et j'aperçois Cécile au milieu de la foule, long cheveux blonds et robe d'été, qui cherche sous ses lunettes de soleil de star, désespérément, une tête connue. J'attends un instant avant de lui faire signe; pas la peine de la torturer plus que cela, après tout, moi non plus je ne connais pas grand monde. La cérémonie est courte, solennelle sans trop l'être, et tout le monde se prète sans mal au jeu des photos. Sauf moi peut-être, qui n'aie jamais su sourire. Pas vraiment un fan des "red carpet moments" pour résumer. Le cocktail est champêtre sans être très agréable, j'ai à peine le temps de dire un mot à Aline, la clairette est bien trop sucré et je repose bien vite mon verre. Entre cela et les macaron c'est une débauche de sucre, dont mon palais n'a pas très envie. Vers la fin du cocktail, alors que je discute toujours avec Cécile, Aline sauve ma soirée en proposant une place au repas à Cécile, suite à u désistement de dernière minute: on dit "merci Aline". La soirée est réussi, l'ambiance bonne et ça vanne pas mal à la table d'honneur (à quelle table tu crois que je suis?) entre Coralie, son frère, Aline, Yannick et moi. On rigole bien. Je fais un effort pour danser bien que n'ayant bu qu'un demi verre de vin. Je dois bien cela à Aline. Elle a toujours été là pour moi et a mérité que rien ne vienne gâcher son grand jour. Cécile, après avoir préparé le café façon "maison" pour pâlier les défaillances de la machine, nous quitte. Je reste encore un peu; plutôt le genre de type qui ne part que quand les lumières se rallument.

    Dimanche, j'ai fait l'impasse sur le "finissage des restes". Les repas chez mes parents sont toujours meilleurs que la plupart des restaurants, alors le choix est vite fait. Mais j'ai promis de venir pour le foot après. Je ne dis jamais non à petit match, surtout sous un tel soleil; et puis rien de tel pour se débarrasser de toute mauvaise fatigue. Malgré la défaite, et mon cruel manque de réussite devant le but, je suis content de mon après-midi. A peine le temps de voir la fin de Bordeaux-Rennes à la télé. Mon corps dit stop et mes paupières ne veulent plus s'ouvrir. Time for some sleep...